Depuis notre article d’il y a deux ans sur Les vêtements en plastique et la micropollution, beaucoup d’études ont été réalisées et la compréhension scientifique est un peu plus vaste au sujet des microplastiques qui polluent les océans.

À ce jour, je n’ai pas encore trouvé d’article ou de vidéo documentaire qui met en perspective le problème dans son ensemble. Soit on parle uniquement de microplastiques qui sont issus de la dégradation des gros débris de plastiques (microplastiques secondaires). Ou bien, il est discuté seulement de certaines sources de microplastiques primaires sans aucune idée de la proportion de celle-ci par rapport au reste. Par exemple, les microbilles dans les produits cosmétiques.

 

Il y a quelques années, beaucoup de discussions ont eu lieu à propos de microbilles en plastiques dans les produits cosmétiques. Plusieurs pétitions furent présentées à différents gouvernements à travers le monde. Résultat, un bon nombre de pays ont interdit la fabrication et l’importation de tout produit de toilette (dentifrices, exfoliants, nettoyants pour le corps, etc.) contenant des microbilles. Le 2 juin 2017, un nouveau règlement a été ajouté à Loi Canadienne sur la Protection de l’Environnement et les microbilles plastiques sont maintenant interdites au Canada.

C’est un pas dans la bonne direction, mais saviez-vous que les microbilles dans les produits cosmétiques sont source de seulement 2% de tous les microplastiques primaires retrouvés dans l’océan !! … sans même parler des microplastiques secondaires.

Toute cette histoire de microbilles a, tout de même, servi à contribuer à un débat important sur les mircoplastiques. Ce n’est que le début d’une longue épopée qui nous amène à prendre conscience de la plus grande menace environnementale dont on ne parle jamais.

C’est un sujet complexe qui demande d’abord et avant tout une bonne explication 🙂

 

Reprenons depuis le début…

 

On peut définir un microplastique (MP) comme étant un petit morceau de plastique de moins de 5mm et un nanoplastique est une particule inférieure à 0,1 micromètre.

 

La pollution microplastique marine

 

Il existe deux catégories :

1.Les MPs primaires 
sont des morceaux de plastique déjà petits au moment où ils contaminent l’océan.

*Sources:

  • Le lavage des vêtements en fibres synthétiques (35%)
  • L’usure des pneus automobiles synthétiques (sans compter les pneus en caoutchouc naturel) (28%)
  • La poussière plastique des villes (24%)
  • La peinture sur les routes (7%)
  • La peinture des bateaux (3,7%)
  • Les produits de toilette contenant des microbilles (2%)
  • Les accidents de déversements de poudres de plastique industrielles (0,3%)

 

*Selon le rapport Primary Microplastics in the Oceans: a Global Evaluation of Sources de L’IUCN (International Union for Conservation of Nature)

 

2.Les MPs secondaires
sont de petits morceaux de plastique provenant de la dégradation (lorsque dans l’océan) de gros débris de plastique.

 

Sources:

  • Tous les déchets en plastique qui se retrouve dans l’océan (les bouteilles, les sacs, les pailles, les filets de pêche, etc., etc., etc.) qui se brisent en morceaux de plus en plus petits avec le temps, la chaleur du soleil et le mouvement de l’eau.

 

 

Environ 1,5 million de tonnes de MPs primaires et 8 millions de tonnes de MPs secondaires (total de tous les déchets plastiques qui deviendront des MPs avec le temps) contaminent les océans chaque année. Ces chiffres sont des estimations, mais ça donne quand même une bonne idée.

On ne peut pas dire que cela ne nous touche pas directement. Des études réalisées au sujet du fleuve Saint-Laurent le placent dans les cours d’eau les plus contaminés au monde. Et ce n’est pas tout…

 

La pollution microplastique terrestre

 

En prime, il n’y a pas que l’eau qui est contaminée. En février 2018, une recherche allemande basée sur plusieurs études suggère que la pollution MP terrestre est 4 à 23 fois (selon l’environnement) plus élevée que la pollution MP marine !! Bien qu’il n’y ait pas beaucoup d’études à ce sujet, il est inévitable que les sols aussi soient contaminés. L’une des principales sources serait les boues des usines de traitement des eaux usées qui sont répandues (comme engrais) sur les champs d’agriculture. Un problème directement lié au lavage des vêtements en fibres synthétiques. Fort à parier qu’il y a aussi beaucoup de MPs secondaires qui proviennent de la dégradation de plus gros déchets de plastique. Après tout, combien de millions de tonnes de plastiques sont présentement dans des sites d’enfouissement ?

 

La problématique est la suivante :

 

Il sera très difficile, voire impossible, de séparer ces particules de l’environnement.

Les MPs ont tendance à accumuler des agents toxiques (métaux lourds, PCB, DDT)

On retrouve des MPs dans notre nourriture: sel marin, miel, sucre, bière, eau en bouteille, etc.

Il y a des MPs dans animaux : les poissons, les oiseaux, les baleines, les tortues.

Cette pollution est répandue partout à travers le monde, même dans les endroits les plus reculés.

Les microplastiques peuvent se dégrader en nanoplastiques.

En 2018, des MPs ont été découverts dans des selles humaines pour la première fois

Je commence à croire qu’il y a de MPs en vous et moi en ce moment même…

Et surtout, on ne connaît pas l’impact à long terme de cette contamination. Par exemple, les nanoplastiques pourraient se répandre dans notre système sanguin… mais encore là, on ne sait pas.

 

Les «solutions» …

 

Il n’existe pas encore de solutions concrètes face à cette pollution. Un projet de robot qui filtrent les MPs dans l’océan est en début d’un développement et il y a peut-être d’autres solutions encore inconnues en balbutiement. Par contre, il est possible pour tous de faire de la prévention pour limiter l’ampleur du problème:

 

1. Les plastiques à usage unique

 

Puisque ce sont les MPs secondaires qui représentent la plus grande menace (potentiellement 80% de tous les MPs), il est important de réduire la consommation de plastiques à usage unique (qui représente eux-mêmes 40% des MPs secondaires, donc potentiellement 32% de toute la pollution microplastique):

  • Apporter ses sacs réutilisables à l’épicerie
  • Investir dans une bouteille d’eau en verre ou en métal (thermos)
  • Éviter le suremballage
  • Épicerie zéro déchet (en vrac)
  • S’informer régulièrement des types de plastiques qui sont récupérés dans notre municipalité et éviter ceux qui ne le sont pas
  • Éviter les pailles et ustensiles en plastique
  • Etc., etc., etc.

 


 

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2. Les vêtements en fibres synthétiques

 

C’est surtout ce sujet qui nous intéresse et qui a été la bougie d’allumage de cette petite enquête. Après tout, nous sommes une entreprise qui confectionne des vêtements. Les MPs primaires causés par le lavage des vêtements en fibre synthétiques ne pourraient représenter que 7% des MPs totaux (35% des MPs primaires qui eux-mêmes équivalent à environ 20% de tous les MPs). Quand même, cela représente 665 000 tonnes/année de fibres minuscules qui se détachent de nos vêtements. Et cette proportion sera certainement plus élevée lorsqu’il y aura plus d’études sur les MPs terrestres.

Depuis la toute première étude sur les MPs de Mark Anthony Browne et son équipe, en 2011, il a toujours été question de fibres synthétiques provenant de textiles. Ils avaient même fait des tests avec des machines à laver pour déterminer qu’un seul vêtement en fibre synthétique pouvait relâcher plus de 1900 fibres microplastiques à chaque lavage.

Solution: évidemment, éviter les fibres synthétiques (nylon, polyester, acrylique) et favoriser les vêtements faits avec des fibres naturelles (coton bio, chanvre, lin, viscose de bambou, lyocell (tencel) d’eucalyptus) à base d’arbre ou de plantes qui sont biodégradables. Sachant que les fibres synthétiques occupent 60% du marché présentement, ce n’est pas réaliste de dire que tout le monde peut complètement les éviter. Voici donc quelques solutions pour diminuer la contamination des fibres micoplastiques lors de votre lavage:

1.La «Cora Ball» (https://coraball.com/)
est une boule en caoutchouc qui attrape les fibres lors du lavage. Elle est facile à utiliser, faite de matériaux recyclés et recyclables. Sa fabrication a lieu tout près d’ici, au Vermont.

Voir cette courte vidéo pour bien comprendre.

Acheter en ligne chez Terra 20 (détaillant grande surface de produits écologiques à Ottawa).

J’ai l’intention d’en acheter une bientôt. Il y aura certainement un article de blogue à ce sujet en 2019.

 

2.Le sac «GUPPYFRIEND» (https://guppyfriend.com/en/)
est un sac qui filtre les fibres microplastiques des vêtements qu’il contient. Fait de 100% polyamide il peut être recyclé. Fabriqué au Portugal pour une compagnie allemande.

Acheter en ligne chez Pantagonia.ca

J’ai l’intention d’en acheter une bientôt. Il y aura certainement un article de blogue à ce sujet en 2019.

 

 

3.Le filtre «Filtrol 160» (https://www.septicsafe.com/washing-machine-filter)
se connecte sur la sortie d’eau de la laveuse. Il filtre les fibres synthétiques pour prévenir la pollution microplastique et les problèmes de fosse septique. Pas d’information sur le pays de fabrication, mais il semble bien être  fait aux États-Unis.

Acheter en ligne chez Wexco Environmental

Peut-être qu’un jour  je vais essayer ça. Il me semble que ce serait un bel outil pour tester l’efficacité de la Cora Ball et du sac GUPPYFRIEND.

 

 

 

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Aviez-vous déjà entendu parler des microplastiques?

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À propos de l’auteur Ugo Dutil : Ayant grandi à l’écovillage «la Cité Écologique» de 1 à 11 ans, j’ai décidé d’y retourner à 25 ans. J’aime bien ce mode de vie qui nous permet de prioriser les relations humaines face aux possessions matérielles. Je travaille avec Respecterre depuis 2013. La simplicité volontaire et la consommation responsable, surtout dans le domaine textile, me passionnent.