Le texte qui suit se veut une réflexion sur notre difficulté collective actuelle à agir plus… collectivement! Bien que je l’aborde beaucoup sous l’angle de communautés tel un écovillage comme la Cité Écologique, le point fondamental que je veux apporter est que peut importe l’aspect de notre vie, c’est en agissant plus ensemble qu’on pourra bâtir des choses et faire avancer ce qui nous tient à cœur. C’est un peu ce qui motive et fait la force de Respecterre, qui mise beaucoup tant sur ses relations avec l’écovillage qu’avec d’autres acteurs du milieu des vêtements écologiques et éthiques, peu importe où ils se trouvent sur la planète! 

Au cours des dernières années, plusieurs nouvelles communautés intentionnelles ont vu le jour. En effet, on sent chez beaucoup d’individus un besoin de s’extirper de cette société individualiste, consumériste et déconnectée de son environnement. Dans le film The Trotsky, le protagoniste — un jeune étudiant en quête de sens personnel et collectif de la vie — se questionne sur les raisons pour lesquelles peu d’individus s’insurgent contre les maux qui affligent notre société actuelle. Est-ce par apathie, ce sentiment du je-m’en-foutisme, ou plutôt par ennuie, qui peut être causé par un simple manque de connaissances face aux alternatives qui existent? Bien, en constatant la popularité grandissante des communautés durables, on peut dire que beaucoup de gens refusent de se laisser aller tant à l’apathie qu’au cynisme et misent à présent sur de nouvelles structures de vie collective.

On retrouve, tant en Europe qu’en Amérique du Nord, différentes communautés intentionnelles nées il y a une génération (ou deux!), qui ont su braver les intempéries du temps et des relations interpersonnelles pour afficher aujourd’hui une stabilité et une richesse bien méritées. Je suis moi-même membre depuis un an d’un tel havre de paix et de richesse : je réside à l’écovillage la Cité Écologique, une communauté intentionnelle située dans la province du Québec au Canada, fondée en 1984 autour du thème de l’éducation alternative, adressée aux enfants, mais qu’on retrouve aussi dans le mode de vie de ses résidents. Une épopée de 30 ans constituée d’expériences de toutes sortes, de bonne et de mauvaise presse, d’essais et d’erreurs. Mais aujourd’hui, le premier sentiment qui habite un visiteur en est un de stabilité, de quiétude et de bonheur. Le sourire qu’on reçoit de ses habitants est naturel et sincère, ce qui étonne toujours dans la société crispée dans laquelle on vit. Ces gens comptent encore aujourd’hui sur une école — primaire, secondaire et postsecondaire —, en plus d’une dizaine d’éco-entreprises en tout genre, d’une ferme et d’un modèle très complet et structuré de vie en communauté.

Un modèle comme celui-ci inspire à présent beaucoup de jeunes, qui ont tenté un peu partout autour de nous de le recréer; une agréable nouvelle. Ce qui l’est moins, toutefois, est que les communautés qui naissent semblent souvent disparaître aussi rapidement qu’elles sont nées, par incapacité à créer et cimenter une base et des liens suffisamment forts.

Ce qui nous amène à poser la question : «pourquoi vouloir à tout prix fonder son propre projet quand d’autres, déjà bien établis, existent déjà?» Encore tout récemment, lors d’une présentation faîte par deux jeunes demoiselles sur leurs expériences récentes dans des communautés intentionnelles, elles l’ont terminée en avouant leur désir et leur projet de fonder la leur. En leur demandant pourquoi, après avoir séjourné dans des communautés qui leur ont plu et en sachant surtout qu’il en existe déjà qui sont stables et bien développées, choisir l’option de commencer de nouveau à partir des fondations, leur réponse a été : «pour qu’elle soit à notre goût».

Or, cette attitude du «mon projet est meilleur que le tien» n’illustre-t-elle justement pas cet état d’esprit actuel de notre société où chacun est un électron libre et craint le rapprochement vers les autres? Quelle est la motivation à vouloir créer un projet éco-communautaire si dans les racines mêmes de notre pensée l’on considère ce qui est différent comme étant incompatible avec nous; si l’idée de devoir faire des efforts pour s’intégrer à un groupe déjà établi, avec ses forces et ses faiblesses, ses attraits comme ses lacunes, nous semble une tâche trop lourde, trop désagréable? Vivre en communauté c’est aussi vivre avec soi-même et, dans les deux cas, c’est un processus qui demande du temps, de l’énergie, de l’engagement et de l’introspection. Dans mon cas je peux dire, après un an ici, que je suis globalement heureux de la manière avec laquelle mon intégration se fait. La communauté, malgré son ouverture et son désir de continuer à cheminer, possède tout de même une routine, des valeurs et un enseignement spirituel qui lui est propre et qui est bien ancré. Tout comme je possède mon propre bagage de vie, fait de vie dans une famille traditionnelle, de voyages et de visites de communautés alternatives, qui est aussi ancré en moi. Le défi quotidien reste donc pour moi de réussir à m’intégrer au groupe, de faire sentir mon attachement et mon implication tout en respectant ce que je suis comme personne, avec certaines manières de penser et d’agir qui diffèrent quelques fois légèrement. Car je crois qu’au final, malgré certaines divergences sur les méthodes d’enseignements utilisées, je partage avec les membres une bonne partie de la vision et des valeurs. C’est pour cela que, de mes lunettes personnelles, opter pour une communauté qui est parvenue à s’enraciner dans son milieu et faire grandir ses membres ne veut pas dire que l’intégration coulera limpidement et que notre cheminement personnel se fera sans heurts. Ça veut simplement dire que l’on pourra compter sur des gens qui ont un vécu et une conscience collective pour pouvoir nous accompagner dans ce cheminement continu que présente la vie. Là-dessus, je ne peux qu’être reconnaissant de l’ouverture, de la confiance et de l’amour dont me témoignent les membres de la communauté : je me sens accepté et intégré, sans être jugé.

Mais au final, pour en arriver à faire ce choix de joindre la force d’une communauté existante plutôt que d’en bâtir une, tout un travail sur nous-mêmes, sur notre connexion avec les autres et avec notre environnement, nous attend. Ce qui ne veut pas dire, il est vrai qu’au final chaque individu préférera la première option à la seconde : après tout, la vie est aussi une question de valeurs et de croyances personnelles, et essayer de déterminer si l’on a plus de chance d’être heureux dans un projet existant ou dans celui issu de notre fruit est un choix bien personnel. Et au fond, dans le contexte mondial actuel, même si l’idée de rejoindre une communauté qui nous ressemble me semble posséder des avantages profonds, il est quand même tout simplement réconfortant de constater que de plus en plus de gens croient au modèle alternatif de communautés intentionnelles et veuillent se lancer dans un tel projet, qu’il soit le leur ou non.

À propos de l’auteur Charles Marceau-Cotton : Avec juste un peu plus d’un an de vie à la Cité Écologique, je suis le nouveau de la place! Mettre les pieds dans une telle communauté et, surtout, décider de s’y établir possède son lot de beaux moments, mais aussi de défis de toutes sortes. Je vous propose donc, à travers ces textes, mes vues sur différents aspects de la vie en communauté et d’observations personnelles sur le fossé qui existe parfois entre la société « mainstream » et l’écovillage.