La semaine dernière je suis tombé sur un article au sujet de l’augmentation des stocks de vêtement invendues de H&M (chaîne de magasins emblématique de «fast fashion»). Leurs stocks invendus ont augmenté de 7% pour atteindre une valeur de 4.3 milliards de dollars US. Le profit du premier trimestre a diminué de 62% par rapport à la même période de 2017. C’est la première fois depuis une quinzaine d’années que la compagnie présente des chiffres aussi bas. Est-ce le début de la fin pour ce modèle d’affaire de surconsommation?

Is this a … fashion revolution?

Posted by Respecterre on Monday, January 7, 2019

Tout de même, soyons précis et intellectuellement honnêtes. $4.3 milliards de dollars US (ou 34,9 milliards de Couronnes suédoise SEK, monnaie de la Suède) représentent la valeur de la quantité totale de stock qu’il y a dans les 4,743 magasins et centres de distribution appartenant à H&M. Ce n’est pas uniquement des vêtements invendables comme pourrait le laisser croire la photo ci-dessus.

Oui, H&M a des stocks qu’il n’arrive pas à vendre et plusieurs pensent que la compagnie en brûle une partie, mais il n’y a malheureusement aucun chiffre public sur cela.

La fin d’une ère?

Aussi, cet article relate des résultats du premier trimestre 2018. Depuis, les rapports du 2e et 3e trimestre 2018 ont été publiés. Les derniers résultats sont les suivants : 38,7 milliards de Couronnes suédoises en stock, une diminution des profits de 29% et un total de 4,841 magasins à travers le monde.

Difficile de dire si ces changements marquent la fin d’une ère de surconsommation vestimentaire. D’un côté, H&M est peut-être sur le déclin, mais il y a beaucoup d’autres chaînes de magasins qui offrent un modèle d’affaire équivalent.

Peut-être que H&M n’a pas pris le tournant numérique de vente en ligne assez rapidement comme tente d’expliquer le PDG Karl-Johan Persson.

Peut-être qu’une portion assez grande de la population est maintenant conscientisée sur les conséquences environnementales et éthiques de la mode à faible prix. J’aime bien le croire.

Taux de saturation

Je ne peux pas m’empêcher de penser que, tôt ou tard, un taux de saturation sera atteint. Dans un modèle d’affaire où il y a toujours plus de nouveautés, plus souvent, plus rapidement, plus de tendances, plus de stocks, plus de consommation, plus déchets… Il y aura forcément un moment où tout le monde aura suffisamment déjà trop de vêtements dans sa garde-robe. Le prix n’aura plus aucune importance, car on dira : «Même si ce vêtement m’est donné, je n’en veux pas parce que j’en ai déjà trop.»

Au cours des 15 dernières années, la production mondiale de vêtement aurait doublé selon un rapport de la fondation Ellen MacArthur.

La classe moyenne mondiale augmente. Les vêtements sont portés moins longtemps. Les tendances changent plus rapidement. Est-ce que cette orientation peut se maintenir?

Évidemment non, d’un point de vue environnemental. Les ressources sont limitées. Notre tolérance face à la pollution n’a frontière que notre incompréhension du problème. Quand le vrai coût des vêtements bon marché sera bien compris. On ne voudra pas que cela continue.

Même en faisant fi de ce dernier argument, on ne peut pas concevoir qu’il y aura toujours plus. C’est impossible qu’on en vienne à avoir de nouvelles tendances tous les jours. Les gens n’auraient simplement pas le temps ou le désir de magasiner tout le temps. On serait saturé, blasé, lassé.

A-t-on atteint ce taux de saturation?


À propos de l’auteur Ugo Dutil :
Ayant grandi à l’écovillage la Cité Écologique, j’ai décidé de retourner y vivre à 25 ans. J’aime bien ce mode de vie qui nous permet de prioriser les relations humaines, le développement personnel et durable face aux possessions matérielles. Je travaille avec Respecterre depuis 2013.
Le minimalisme et la consommation responsable, surtout dans le domaine textile, me passionnent.