Le bambou (ou viscose de bambou) et l’eucalyptus (ou TENCEL®) sont deux fibres similaires dans la façon dont elles sont cultivées et transformées. À Respecterre, nous travaillons avec des textiles qui sont faits avec ces deux fibres. Les deux sont des arbres cultivés de façon durable sans insecticides et pesticides (contrairement au coton non bio qui utilise 25 % des insecticides et 11 % des pesticides mondialement) qui poussent avec peu d’eau et sur des terres non propices à l’agriculture. Les tissus qui résultent de ces procédés ont des propriétés semblables au niveau de la douceur, de la durabilité et de la qualité. Il y a cependant trois différences notables qui proviennent du procédé de transformation semblable, mais distinct, utilisé pour transformer le bois en fibre.

– – – – – – – – – – La chaîne de production — – – – – – – – – –

Avant tout, il est important de comprendre toute la chaîne qui transforme l’arbre de bambou ou d’eucalyptus en fibre et ultimement en vêtements. Pour simplifier le tout, nous avons séparé cette chaîne en 6 étapes :

  1. Culture
  2. *Dissolution
  3. *Extrusion
  4. Filage
  5. Tricotage
  6. Confection

*Dissolution : action qui transforme le bois en pâte de bois. Cette action requiert un solvant.
*Extrusion : action qui transforme la pâte de bois en fibre. Définition Wikipédia.

from wood to fiber jpeg

Illustration des différentes étapes procédé de transformation *lyocell qui est utilisé pour la fibre de *TENCEL®.

*Procédé Lyocell : aussi appelé «TENCEL® production process», est le nom du procédé de transformation qui change le bois en fibre textile.
*TENCEL® : nom de la fibre conçue par Lenzing dont la matière première provient de l’eucalyptus et est transformée selon le procédé lyocell. Marque de commerce.

– – – – – – – – – – Le bambou — – – – – – – – – –

Pour le bambou que nous utilisons à Respecterre, voici des informations à propos d’où et comment ces étapes sont exécutées. De la culture de la plante au vêtement que vous portez :

  1. Culture : en Chine, dans des plantations durables certifiées biologiques. La culture durable du bambou n’affecte pas les animaux sauvages.
  2. Dissolution : en Chine, par une entreprise appelée TENBRO®. Requiers un solvant appelé *Hydroxyde de sodium. Et nécessite l’usage de disulfure de carbone et d’acide sulfurique.
  3. Extrusion : en Chine, par TENBRO®.
  4. Filage : en Chine, par TENBRO®.
  5. Tricotage : à Montréal.
  6. Confection : coupe du tissu et assemblage du vêtement à Respecterre, Ham-Nord, Québec. Dans un milieu de travail merveilleux 🙂

*Hydroxyde de Sodium : solvant classé comme corrosif (selon le système européen de signalisation) utilisé lors du procédé viscose. Définition Wikipédia.

– – – – – – – – – – L’eucalyptus — – – – – – – – – –

Pour l’eucalyptus, voici des informations à propos d’où et comment ces étapes sont exécutées. De la culture de la plante au vêtement que vous portez :

  1. Culture : en Afrique du Sud ou au sud de l’Europe, dans des plantations durables certifiées FSC et PEFC. La culture durable de l’eucalyptus n’affecte pas les animaux sauvages.
  2. Dissolution : en Autriche, par une entreprise appelée Lenzing. Requiers un solvant appelé *NMMO. Selon le *procédé «Closed-loop»
  3. Extrusion : en Autriche, par *Lenzing. Selon le *procédé «Closed-loop»
  4. Filage : en Autriche, par *Lenzing.
  5. Tricotage : à Montréal.
  6. Confection : coupe du tissu et assemblage du vêtement à Respecterre, Ham-Nord, Québec. Dans un milieu de travail merveilleux 🙂

*NMMO : solvant non toxique et biodégradable utilisé lors du procédé lyocell. NMMO = N-Methylmorpholine N-oxide. Définition Wikipédia (anglais seulement).
*Lenzing : compagnie basée en Autriche («Austria» en anglais… à ne pas confondre avec «Australia» : l’Australie) qui a développé le procédé lyocell. Aussi «Lenzing Group». Aujourd’hui, le plus grand producteur de TENCEL®. https://www.lenzing.com/
*Procédé «Closed-loop» : procédé de transformation inventé par Lenzing qui récupère à 99 % le solvant et l’eau utilisée pour la transformation du bois en fibre. En apprendre plus.
Procédé lyocell

Procédé lyocell jpeg

Illustration du procédé «Closed-loop» qui récupère l’eau et le solvant NMMO utilisé.

– – – – – – – – – – 3 Différences — – – – – – – – – – –

1. Le solvant

L’Hydroxyde de Sodium (Solvant du Bambou)

Tel que nous l’avons appris plus haut, l’hydroxyde de sodium est le solvant utilisé pour la transformation du bambou en fibre. Comme vous pouvez le voir sur cette page web, ce solvant est classé comme corrosif selon le système européen de signalisation. Bien qu’aucun résidu de ce produit ne reste dans la fibre après le procédé, il reste blizzard de qualifier ce procédé d’écologique. Ce n’est certainement pas un produit aussi nocif que les 25 % des insecticides et 11 % pesticides mondiaux qui sont déversés directement dans l’environnement pour cultiver le coton conventionnel, mais ça reste une tâche au dossier. Il faut dire que l’hydroxyde de sodium est aussi abondamment utilisé (selon l’encyclopédie libre Wikipédia) dans l’industrie du papier, dans l’industrie des savons et détergents, pour le traitement des eaux et plusieurs autres. L’hydroxyde de sodium et les aures produits utilisés dans le procédé viscose (le Disulfure de carbon et l’Acide sulfurique) ne pas des produits qui reste dans la fibre et nuit à notre santé ou au bien-être de notre environnement, lorsque traité de façon responsable. Ce sont des produits de notre industrie traditionnelle qu’il faut, oui, viser à remplacer, mais qui peut aussi être utilisé sans dommage sur notre environnement.

Le NMMO (Solvant de l’Eucalyptus)

Le N-Methylmorpholine N-oxide ou NMMO (parce que personne n’est capable de prononcer «N-Methylmorpholine N-oxide» sans lire syllabe par syllabe comme un enfant qui apprend à lire) est un solvant utilisé pour la transformation de l’eucalyptus en fibre. Ce produit est non-toxique et biodégradable en plus d’être un composé organique et non chimique (qui n’a pas été obtenu par une transformation chimique). C’est donc dire que s’il se retrouve déversé dans la nature, il n’endommage pas l’environnement. C’est, à tout point de vue, un meilleur choix que l’hydroxyde de sodium pour procéder à la dissolution du bois pour en faire une fibre textile. Vous pouvez lire plus sur cette page web (en anglais seulement).

2. L’eau récupérée

Le procédé Viscose (Bambou)

Le procédé viscose est le nom du procédé utilisé pour la transformation du bambou en fibre. D’où le nom «Viscose de Bambou». Ce procédé inclut la dissolution et l’extrusion. Afin de dissoudre le bois, il est nécessaire d’utiliser de l’eau et du solvant. Comme nous le savons, l’eau est une ressource de plus en plus précieuse dans ce monde qui est le nôtre. Or contrairement au procédé lyocell, nous ne savons pas vraiment comment l’eau est utilisée lors du procédé viscose. Peut-être de façon responsable, peut-être pas. Nous n’avons pas de garantie ou de certification à cet effet.
Le procédé Lyocell (Eucalyptus)
Le procédé lyocell utilisé pour la transformation de l’eucalyptus en fibre a été conçu selon le procédé «Closed loop» qui garantit que 99 % de l’eau utilisée et du solvant sont réutilisés à nouveau. Ce qui donne une bien meilleure gestion de l’eau et vise à préserver cette ressource naturelle dont nous avons tous besoin pour vivre.

3. Le coton bio nécessaire à mélanger avec le bambou

67 % Viscose de Bambou, 27 % Coton Bio (Bambou)

Afin d’avoir un tissu final avec lequel il est plus intéressant de travailler et de porter en tant que vêtement, le fil de bambou et souvent mélangé avec un peu plus d’un quart de coton bio. Cette pratique donne la possibilité d’avoir un tissu qui ne rétrécit ou n’agrandit presque pas après le lavage. Le fait de devoir toujours ajouter un mélange de coton bio avec le bambou rend cette fibre plus dépendante d’une autre industrie. Et malgré nos meilleurs efforts pour l’éviter, nous sommes parfois contraints d’acheter un tissu dont le fil à été fait avec 27 % de coton qui n’est pas bio. Les 6 % restant sont pour le spandex. Un compromis qui rend le vêtement plus durable et confortable.

92% TENCEL® (Eucalyptus)

Contrairement à la fibre de viscose de bambou, la fibre de TENCEL® (fait avec l’eucalyptus) n’a pas besoin d’être mélangée avec du coton bio pour donner un tissu qui ne rétrécit pas au lavage. Les 8 % restant sont pour le spandex. Un compromis qui rend le vêtement plus durable et confortable.

– – – – – – – – – – Quoi choisir? – – – – – – – – – –

Le bambou et l’eucalyptus poussent tous deux de façon durable et responsable, sont tous deux majoritairement tricotées (dans le cas de Respecterre) au Québec et assemblés au Québec dans notre atelier à Ham-Nord, dans un écovillage. Les différences entre ces deux fibres se situent dans le solvant nécessaire à la transformation, dans la récupération de celui-ci ainsi que de l’eau nécessaire à la transformation en fibre et dans le 27 % de coton bio nécessaire au tissu de bambou afin de ne pas rétrécir au lavage qui le rend dépendant. Prioriser l’eucalyptus (TENCEL®) par rapport au bambou (viscose de bambou) devient donc un choix qui entraîne une consommation plus responsable. Le bambou n’est pas foncièrement mauvais et son solvant est utilisé dans plusieurs autres indusies. Par contre, dans un monde où nous devons toujours viser de meilleures façons de faire les choses, pour éviter les produits corrosifs et le gaspillage de l’eau. Le TENCEL® nous garantie en façon de faire et une mentalité que nous devons encourager. Pour en savoir plus sur le TENCEL®, vous pouvez explorer le site web de Lenzing. Ça vaut la peine d’y passer quelques minutes.
Pour voir les produits Respecterre faits avec la fibre de TENCEL®, vous trouverez le détail de la fibre sur la page de chaque produit en déroulant un peu vers le bas. En dessous de «FIBRE ÉCOLOGIQUE UTILISÉE POUR CONFECTIONNER CET ITEM».
En gros, la viscose de bambou n’est pas mauvaise, mais le TENCEL® est un meilleur choix!

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À propos de l’auteur Ugo Dutil: Ayant grandi à l’écovillage «la Cité Écologique» de 1 à 11 ans, j’ai décidé d’y retourner à 25 ans. J’aime bien ce mode de vie qui nous permet de prioriser les relations humaines face aux possessions matérielles. Je travaille avec Respecterre depuis 2013. La simplicité volontaire et la consommation responsable, surtout dans le domaine textile, me passionne.