Où étiez-vous il y a 20 ans? … Que faisiez-vous? … Aviez-vous le même travail? … Étiez-vous toujours à l’école? … Étiez-vous né(e)? … Il y a 20 ans, j’ai commencé à porter ce t-shirt.

Je ne suis pas un blogueur typique de mode. Les imprimés léopard me donnent la nausée. Je ne regarde pas Project Runway. Je ne fais pas de suggestions de style. Bref, je n’aime pas la mode, mais j’en fais partie.

C’était l’été 1999

Je fréquentais une école de tennis dans un camp d’été et nous jouions un tournoi. Je venais de perdre mon match en double. J’étais très mauvais perdant. Des prix ont été donnés aux participants et j’ai gagné le t-shirt. Sur celui-ci était(est toujours) imprimé le logo de l’école de tennis contre qui nous venions tout juste de perdre. Je me suis dit : JE NE VAIS JAMAIS PORTER ÇA.

Vingt ans plus tard, c’est mon vêtement préféré. Avec le temps, il s’est moulé à mon corps. Il est tellement confortable. Je l’aime plus que mon jean en coton biologique / chanvre, plus que mon chandail en chanvre tissé à la main. Mais ce t-shirt est fait de 100% de coton probablement de monsanto OGM qui ont nécessité beaucoup de pesticides & insecticides. Il a probablement été cousu au Bangladesh dans des conditions de travail très difficiles. Les encres utilisées pour imprimer le logo contenaient sûrement des phtalates. Pourquoi est-ce que je l’aime tellement?

Peut-être parce que je l’ai porté presque toute ma vie. À travers les pires et les meilleures années. Il fait maintenant partie de moi. Je le porterai pour toujours et je le réparerai comme si c’était l’apocalypse.

Est-ce du «slow fashion»?

Oui, oui, je sais, selon l’Office québécois de la langue française, il faut dire «mode responsable» ou «mode durable» au lieu de «slow fashion». Tout comme il faut dire «égoportrait» à la place de «selfie»… Laissons de côté notre culture linguistique pour un moment pour contribuer à un mouvement global.

Autant que je me souvienne, j’ai toujours détesté magasiner. Surtout pour acheter des vêtements. Aller au magasin, fouiller, aller à la cabine d’essayage, écouter les commentaires de mères et sœurs, dépenser de l’argent sans en avoir vraiment besoin. Je préférais jouer à Pokémon Yellow Version sur GAME BOY Color.

Ça c’était de la haute technologie!

Je n’aime toujours pas magasiner. Est-ce que cela fait de moi un expert du #slowfashion ou juste un autre gars qui déteste faire du shopping?

L’absence de mode est-elle encore une mode? Ne rien acheter. Juste porter ce qu’on a déjà. Prenez ce qui vous est donné et faites-le durer le plus longtemps possible. Pas de nouveaux styles. Pas de nouvelle tendance. Rien de nouveau. Les gens portant leurs vieux vêtements banals dans un défilé de mode.

Le #slowfashion n’est-il pas un paradoxe évident?
La mode par sa nature intrinsèque est toujours nouvelle.
Toujours neuf est aussi souvent que possible.
Le plus souvent possible est le plus rapidement possible.

Mais en disant «mode», nous entendons l’ensemble de l’industrie du vêtement. N’est-ce pas? Chaque vêtement que nous portons.

Le sens du mot mode est souvent étendu à tous les vêtements. C’est un parapluie qui englobe la mode (comme une tendance et un art) et toutes sortes de vêtements fonctionnels (même s’ils ne sont pas «à la mode»).

L’autre sens de la mode est synonyme de tendance. Un style en vogue de design, couleur, texture. Celui-ci peut être démodé, faux pas et doit toujours être nouveau. Il n’y a pas de #slowfashion dans cette définition. Il n’y a principalement que de la surconsommation.

Mais n’est-ce aussi une mode de dire : «Je vais porter ce t-shirt laid et l’assumer». Un peu comme tout peut être de l’art. Comme un lit défait s’il est exposé dans une galerie. Tout peut être de la mode. C’est la véritable expression de soi-même. Ceci est donc mon expression de la mode.

My Bed par Tracey Emin. Cette oeuvre a été vendue pour un peu plus de 2,5 millions de livres sterling en 2014 … lol

Ce t-shirt est mon œuvre d’art. Il représente une solution à ce monde dans lequel nous vivons, où nous endommageons tout, sans le savoir.

À bien des égards, porter ce t-shirt pendant 20 ans est du #slowfashion. Non seulement au sens plus large de la mode, mais aussi dans sa définition plus spécifique. Ceci une tendance. Une mode qui durera pour toujours. Nous voulons acheter moins. Nous voulons nous soucier de l’environnement. Cela fait partie d’un plus grand mouvement de décroissance.
Consommer moins. Consommer mieux.

Vous avez le droit de vous sentir belles! Oui c’est vrai. La mode nous fait sentir belles et beaux, c’est pourquoi nous l’aimons. Mais deviner quoi …

Je vais citer Christina Aguilera (ou celle ou celui qui a écrit cette chanson)

You Are Beautiful no Matter What (they say)

Vous êtes belles même si vous portez la même robe démodée pendant de nombreuses années. Vous êtes belles même si votre corps n’est pas parfait. Vous êtes belles sans maquillage!

Il s’agit de changer notre perception de nous-mêmes. Et changer notre relation avec nos vêtements. Nous devons les respecter. Respectez le savoir-faire nécessaire à leur fabrication. Penser à les réparer et recycler.

Non, nous n’avons pas tous besoin de garder nos vêtements pendant des décennies pour faire une différence. Mais j’ai lu que maintenant, les gens portent leurs vêtements en moyenne 7 fois avant de les jeter. Moins de 1% des vêtements sont recyclés. J’ai entendu que l’ensemble de l’industrie de la mode produisait plus de 100 milliards de vêtements par an, soit le double du total de l’an 2000, et 3 sur 5 d’entre eux aboutiront aux sites d’enfouissement au cours des 12 premiers mois. Cela doit changer.

Je ne sais pas combien de fois j’ai porté ce t-shirt. Je n’ai pas compté. Même si je l’avais fait, j’aurais perdu le compte. Soyons conservateurs. Disons 25 fois par an (ou une fois toutes les deux semaines) pendant 20 ans. Peut-être moins certaines années, peut-être plus d’autres années… #30wears… c’est plus #500wears

Je me suis toujours vu comme à part de la mode. Il y a moi et il y a la mode. Les deux ne se croisent jamais …
Mais maintenant je sais que j’en fais partie …

Je fais partie de cette nouvelle mode. Celle qui se soucie de son impact environnemental. Là où les tendances ne sont plus dictées par quelques designers en haut, mais elles sont créées par des personnes comme vous et moi.
Tout le monde a le droit à sa propre mode.
Tout le monde a le droit d’être un artiste.

Ugo Dutil :
J’ai grandi à l’écovillage la Cité Écologique. J’aime bien ce mode de vie qui nous permet de prioriser les relations humaines, le développement personnel et durable face aux possessions matérielles. Je travaille avec Respecterre depuis 2013.
Le minimalisme, le #slowfashion et la consommation responsable, surtout dans le domaine textile, me passionnent.

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