Couturière d’expérience, Dalia est une femme calme, simple et attentionnée… en plus d’être une excellente cuisinière! Elle possède un bagage de vie personnelle et professionnelle très intéressant, que je vous incite à lire l’entrevue qui suit.

– Dalia, quel est votre rôle actuel dans Respecterre? Quelles tâches accomplissez-vous?

Je suis présentement opératrice de machine à coudre (communément appelé « couturière »!) Je dédie aussi quelques heures par mois au développement de nouveaux modèles de sous-vêtements, ce qui me permet de développer le côté créatif de ma personnalité et qui permet à Respecterre de continuer à innover.

– Vous êtes l’une des couturières les plus expérimentées de l’entreprise et votre parcours de travail (et de vie!) est très intéressant. Parlez-nous-en un peu.

Lorsque je constate où je suis rendue aujourd’hui et le chemin que j’ai parcouru depuis toutes ces années, je ne peux m’empêcher un sourire en pensant qu’au départ, la couture n’avait jamais été un choix personnel de carrière. Lorsque la Cité Écologique a connu des difficultés financières au début du projet j’avais, comme bien d’autres familles, des enfants à nourrir. Je me suis donc ralliée à la création d’une entreprise de couture où nous faisions de la sous-traitance pour différentes compagnies. S’en est suivi une panoplie d’expériences de toutes sortes : horaires de jour comme de nuit, heures supplémentaires pour livrer les contrats à temps, fonctions de travail diverses comme responsable de plancher ou encore de la qualité, etc. Je suis devenue une couturière aguerrie.

Mais au tournant des années 2000, le secteur de la couture a été délocalisé vers l’Asie, en proie au « cheap labor ». Ce fut un tournant pour moi, alors que je suis partie aider au développement d’un deuxième écovillage aux États-Unis. Je suis récemment revenue au Québec. Honnêtement, je ne pensais jamais retourner à la couture. Toutefois, en voyant le projet en développement de Respecterre, avec la création d’une ligne de vêtements écologique, éthique et locale, de même que le travail peu routinier qui s’y faisait, j’ai décidé de faire le saut et de partager mon expérience avec la jeune équipe en place. Deux ans plus tard, je trouve que j’ai fait un bon choix. Lorsque je trace un bilan de mes années ici, une chose que je valorise beaucoup est cette chance que j’ai eu de pouvoir rester auprès de mes 4 enfants et de les voir grandir. Et côté travail, je ne changerais d’entreprise pour (presque) rien au monde!

– Qu’est-ce qui vous motive le plus dans votre travail? Qu’est-ce que vous aimez le plus?

Plusieurs aspects! Tout d’abord, Respecterre est encore une jeune entreprise en pleine croissance et je suis fière de pouvoir contribuer à son développement par la confection des vêtements et le design de nouveaux produits. Parlant de développement, je sens l’ouverture et le désir d’innovation de notre équipe, à travers la recherche de nouvelles fibres écologiques et de modèles confortables et à la mode; c’est une source de motivation constante. Ensuite, de vivre dans un écovillage nous a tous appris à améliorer nos relations interpersonnelles et c’est quelque chose qui transparait au travail : nous sommes une petite équipe avec une ambiance de bonne camaraderie. Une autre chose que j’apprécie aussi beaucoup est la souplesse des heures de travail. Je peux organiser mon horaire de travail comme je le préfère, ce qui n’est pas coutumier dans ce secteur de travail!

– Qu’est-ce que vous êtes la plus fière d’avoir développé comme qualité personnelle ou professionnelle en travaillant dans ce secteur?

La persévérance est la qualité que j’ai le plus développée : d’avoir su passer au travers des nombreux défis présentés par ce travail est toute une réalisation! Aussi, avant de faire de la couture, j’avais de la difficulté à rester assise plus d’une heure à faire un travail : j’ai donc développé ma concentration au fil du temps. Finalement, le travail sur les machines m’a bien entendu permis d’acquérir une certaine habileté manuelle et une précision, qui me servent dans d’autres aspects de ma vie.

– Tout n’est jamais rose et facile dans la vie, et œuvrer dans un secteur comme le vôtre apporte son lot de défis. Qu’est-ce qui représente pour vous la plus grande difficulté?

Les années que nous avons passées en couture à vivre de sous-traitance ont été dures pour la majorité des membres de l’écovillage. Dans ces conditions, de quitter la couture pour se tourner vers d’autres secteurs d’entreprise a été pour plusieurs une bouffée d’air frais. Plusieurs personnes ici ne comprennent donc pas encore pleinement ce choix que certains ont fait de créer une nouvelle entreprise de mode en repartant à zéro, en se rappelant le dur labeur et le faible salaire que cela apportait. C’est peut-être ma plus grande déception, comme elle vient des gens qui me sont le plus proches. Mais en même temps, je comprends leurs réactions et je suis tout de même heureuse de voir qu’elles évoluent peu à peu à mesure que Respecterre fait ses preuves et devient un modèle.

– L’écovillage a toujours eu comme valeur de faire de la place aux jeunes. Cela transparaît dans Respecterre, alors qu’aujourd’hui, de jeunes adultes sont appelés à s’impliquer de plus en plus dans le développement de l’entreprise. Que pensez-vous?

J’y vois beaucoup de positif. Nous œuvrons dans un secteur très compétitif et souvent pointé du doigt dans les médias. De voir des jeunes qui possèdent des convictions d’écologie, d’éthique, de collectivité et d’entraide, et qui décident de les mettre au profit d’une entreprise comme Respecterre, dans un écovillage comme le nôtre, est pour moi une source d’encouragement et de fierté.

– J’imagine que les rêves professionnels changent avec les années et qu’ils deviennent plus centrés sur certains désirs particuliers. Y a-t-il des projets particuliers qui vous tiennent à cœur et que vous aimeriez voir se développer au cours des prochaines années?

Comme vous le mentionniez, notre équipe comporte plusieurs jeunes et le défi est d’arriver à peaufiner certains aspects de notre entreprise pour que Respecterre s’épanouisse et devienne un modèle durable et reconnu d’entreprise de mode éthique, écologique et locale. En ce sens, le défi premier sur lequel nous devrons être capable de travailler au cours des prochaines années est de définir clairement nos objectifs, mieux cibler notre clientèle, et de mettre les efforts dans cette direction, en continuant d’offrir des vêtements répondant à nos valeurs. Aussi, j’aimerais avoir la chance de m’impliquer encore plus dans la création des lignes de vêtements, et de pouvoir le faire en équipe.

– Quel est votre vêtement Respecterre préféré ou votre fibre préférée? Pourquoi?

J’achète très peu de vêtements Respecterre, car les coupes ne me vont pas très bien… cela ne fait pas très vendeur, je le sais (rires)! Mais c’est la réalité, une ligne de vêtements est souvent dirigée vers une clientèle cible et ne peut convenir à tout le monde. Malgré une fibre élastique que nous ajoutons à nos vêtements pour les rendre plus extensibles, la coupe est souvent ajustée, ce qui convient mieux à une clientèle plus jeune selon moi.

– Le travail c’est bien beau, mais ce n’est pas tout. Avez-vous une passion ou des intérêts particuliers qui vous motivent dans votre vie personnelle?

Je suis une personne simple et cela transparaît dans mes intérêts personnels. J’adore cuisiner (l’interviewer confirme d’ailleurs le grand talent culinaire de Dalia!) Au printemps, je consacre un peu de temps à l’horticulture et à la culture de petits fruits. La famille représente aussi pour moi une grande source de joie et d’amour, avec les enfants et les petits-enfants qui grandissent à vue d’œil!

– Nommez-moi un mot ou une phrase qui vous représente bien.

S’améliorer : j’aime pouvoir continuer à m’améliorer ou à améliorer les choses autour de moi, lorsque je vois que je peux faire mieux.

À propos de l’auteur Charles Marceau-Cotton : Avec juste un peu plus d’un an de vie à la Cité Écologique, je suis le nouveau de la place! Mettre les pieds dans une telle communauté et, surtout, décider de s’y établir possède son lot de beaux moments, mais aussi de défis de toutes sortes. Je vous propose donc, à travers ces textes, mes vues sur différents aspects de la vie en communauté et d’observations personnelles sur le fossé qui existe parfois entre la société «mainstream» et l’écovillage.