Il existe à travers le monde environ 200 espèces de lin dont la plupart sont sauvages. La plus ancienne fibre de lin utilisée par l’homme remonte à 36 000 ans. Les peuples d’Asie Centrale, les Égyptiens, les Grecs et les Gaulois utilisaient la fibre de lin et ont tous favorisé le développement d’une espèce de lin nommée « usitatissimum ». Historiquement, le lin fut l’une des fibres textiles les plus populaires jusqu’à la fin du XVIIe siècle. L’arrivée du coton a remplacé celle-ci progressivement par la suite. Le lin ne représente aujourd’hui que 0,3 % des fibres textiles produites dans le monde, mais sa valeur écologique et son caractère noble et naturel en font une fibre recherchée.
Si vous possédez des vêtements en lin, il y a de bonnes chances que celui-ci ait été cultivé en France. Selon des chiffres de 2012, c’est la France qui cultive et transforme le plus de lin pour la production textile avec 96 000 tonnes de lin teillé par année. Loin devant la Belgique qui arrive bon 2e avec 17 000t/année. En fait, la France produit presque deux fois plus de lin teillé que la somme des autres pays combinés. Ce qui rend pour nous le lin très intéressant vu le partage de culture et d’histoire avec les cousins français.
Fait intéressant, le Canada est le plus grand producteur de graines de lin avec 423 000t/année. Ce qui représente 22% de la production mondiale. La culture du lin pour les graines nécessite cependant une variété différente de la plante cultivée pour la fibre.
Sans titreLa plante de lin se présente sous l’aspect d’une tige unique pouvant atteindre une hauteur de 1 mètre. Sur cette tige se répartissent 80 à 100 feuilles simples. Elle porte de nombreuses fleurs dont la couleur varie d’un bleu pur jusqu’à un blanc plus ou moins rosé. Chaque fleur donne un fruit : une capsule à cinq loges contenant chacune deux graines et séparées par une fausse cloison plus ou moins ciliée. Ces capsules présentent une légère pointe au sommet.
Les graines sont lisses, plates, oblongues, petites et légères (entre 4 et 7 grammes les mille grains) et de couleur brune à maturité. Elles se terminent par un bec légèrement recourbé.
La distinction variétale se fait essentiellement par les caractères des fleurs et des capsules (couleur des pétales, des étamines et des styles, moucheture des sépales, ciliation des cloisons des capsules, etc.).

 

 

– – – 1. La culture du lin – – –

1Culture
La place du lin dans la rotation des cultures est importante. Il peut avoir des effets bénéfiques sur les autres cultures en structurant les terres et en réduisant certaines pressions exercées par les bioagresseurs. Le lin représente une tête de rotation très complémentaire des céréales d’hiver.
La croissance et le développement des plantes prennent environ 120 jours au cours desquels les tiges atteignent leur hauteur maximale (environ 1m) et murissent.
L’arrachage du lin correspond à la première étape de la récolte. Il intervient quand les lins sont matures. Le terme « arracher » est employé pour signifier que les plantes ne sont pas fauchées afin de ne pas perdre les fibres présentes dans la partie basse des tiges.
Après leur arrachage, les pailles de lin disposées au champ, en andains, subissent le rouissage. Cette étape détermine en grande partie la qualité du lin. Elle correspond à l’action des microorganismes du sol (champignons, bactéries) sur les tiges. À la faveur d’une bonne humidité (rosées, pluies) et de températures douces (>10 °C), ceux-ci sécrètent des enzymes qui fragilisent les tissus qui entourent les faisceaux de fibres. En créant une perte de la cohésion tissulaire, le rouissage facilite l’extraction mécanique des fibres. Son défaut : il est une étape empirique qui dépend énormément du climat. Il faut en effet que l’attaque microbiologique des pailles soit suffisante pour les fragiliser, mais que cette action reste limitée pour que les microorganismes n’aient pas le temps d’endommager les fibres.
Le rouissage se traduit par un changement de couleur des pailles qui prennent une couleur brune à grisée. Il est jugé optimal quand les tiges présentent une couleur homogène et quand on peut sans effort extraire les fibres qu’elles contiennent. On dit alors que le lin est « teillable ».
Les pailles rouies sont ensuite enroulées en balles rondes (un peu comme les balles de foin que nous connaissons bien). Elles sont ensuite bien séchées et stockées. Dans de bonnes conditions, elles se conservent de nombreuses années. Elles peuvent alors subir le teillage.

 

– – – 2. La transformation en fibre (ou teillage) – – –

2Teillage
Contrairement à la fibre de bambou et d’eucalyptus, la transformation de la fibre de lin est une extraction mécanique. Ce qui veut dire que la fibre est là. Il faut seulement briser la tige pour extraire celle-ci. Cette opération est appelée « teillage ». Sa réalisation met en œuvre des machines spécifiques.
Lors du teillage, les graines de lin sont récupérées, puis la tige est battue pour enlever le bois. Les morceaux de bois récupérés sont appelés les « anas ». Les fibres ainsi récupérées sont séparées en fibres longues et en fibres courtes (les « étoupes »).
Les fibres extraites sont dites « longues » ; elles constituent le lin teillé et correspondent au produit noble extrait des pailles, celui dont l’agriculteur attend le meilleur rendement, les meilleures qualités et la meilleure valorisation.
Les étoupes, les anas, les graines et les poussières représentant des sous-produits. Leurs valorisations respectives complètent avantageusement celle des fibres longues.
Le lin teillé est conditionné en balles rondes d’environ 100 kg. Ces fibres longues représentent 20 à 25 % de la masse des pailles. Un hectare de lin produit en moyenne entre 1 200 et 1 700 kg de lin teillé.
Cette image illustre les différentes étapes et machines nécessaires au teillage.
teilage

 

– – – 3. Le peignage et la filature – – –

3Fillage
Pour des usages textiles, les fibres de lin issues du teillage doivent être converties en fil. Cette étape correspond à la filature. Première des opérations de filature, le peignage consiste à paralléliser les fibres et à les présenter sous forme de rubans doux et lustrés prêts à être filés.
Le peu d’élasticité des fibres de lin, leur faible longueur moyenne et la très grande dispersion de leurs longueurs et de leurs diamètres ne sont pas des facteurs favorables à la filature conventionnelle de type « coton ». C’est pourquoi la « filature lin » s’est orientée vers des voies spécifiques de formation du fil, au mouillé, au sec, ou selon le circuit des mélanges.
Les matières utilisées se présentent sous deux formes : le lin teillé et les étoupes. Ceux-ci suivent des circuits de préparation différents pour aboutir à l’un des trois modes classiques de « filature lin » :

1. La filature au mouillé

Elle emploie davantage le long brin que les étoupes. Les rubans obtenus en sortie de peignage sont laminés et rendus le plus homogènes possible en densité linéaire et dans leur composition en fibres. Cette opération est conduite plusieurs fois et le ruban final subit une légère torsion. La mèche ainsi obtenue est étirée puis elle subit à son tour une torsion pour que le fil résiste au tissage. La spécificité de ce type de filature provient du fait que la mèche est immergée dans une eau à 60 °C avant étirage pour « ramollir » les ciments pectiques qui lient les fibres élémentaires entre elles, permettant ainsi une meilleure dissociation et un certain glissement. Ainsi, les fils sont fins, lisses, lustrés, solides et réguliers; ils sont destinés à la fabrication de tissus de grande qualité.
La filature au mouillé utilise des fibres collées, plus ou moins prédissociées. Le traitement de division de la matière se fait progressivement, grâce à l’eau au traitement de la mèche, mécaniquement à l’étirage final.
Comme tous les fils, un fil de lin se caractérise par son numéro métrique (Nm). Celui-ci correspond au nombre de mètres que mesure un fil de 1 gramme ou au nombre de kilomètres que mesure un fil de 1 kg. Plus cette valeur est élevée, plus le fil est fin. Le numéro métrique du lin peut atteindre 80 (= 80 m de fil pèsent 1 g).

2. La filature au sec

C’est un procédé de fabrication qui ressemble à la filature de la laine dont elle reprend certains matériels après adaptations spécifiques. Elle est utilisée pour les étoupes, mais aussi pour le lin teillé craqué (étiré brutalement).
En filature au sec, la matière (le ruban) est étirée et filée sans passer dans l’eau. De fait, elle ne permet pas d’aller jusqu’à la division ultime des faisceaux techniques en fibres élémentaires. Les fils produits sont plus gros et moins lisses que ceux obtenus au mouillé; ils sont employés dans la fabrication de tissus techniques.

3. Le circuit des mélanges

Certains circuits visent à réaliser des fils faits d’un mélange de lin et d’autres fibres naturelles (coton, laine, soie, etc.), artificielles (viscoses) ou synthétiques (polyester, polyamide, acrylique, etc.). Dans ce cas, le procédé utilisé est celui de la filature « coton » ou « fibres courtes ». Il s’agit, à partir d’un ruban de fibres de 80 cm de long (lin teillé) ou de 20 cm de long (étoupes), d’obtenir par clivage et par coupage des fibres de longueur aussi constante que possible, proche de celle des fibres de coton (25 à 35 mm). C’est l’opération d’affinage qui permet également le mélange avec d’autres fibres. Les fibres en bourre sont alors parallélisées par cardage dont on obtient un ruban. Finalement, ce dernier est filé après doublages et étirages successifs. Les fils obtenus confèrent aux tissus une apparence, un toucher, un drapé particulier.

 

– – – 4.Le textile – – –

4textile
Même si les fibres de lin ne représentent que 0,3% des fibres textiles produites dans le monde, ce secteur reste de loin leur principal débouché en absorbant 95% des fibres longues et 60% des étoupes.
Les États-Unis représentent le premier pays consommateur de lin (37%). Ils sont suivis par l’Union européenne (32%), où l’Italie représente la moitié de la consommation. Pays à climat humide et tiède, le Japon se classe immédiatement derrière (7%). Mais l’avenir se joue de plus en plus auprès des classes aisées et moyennes des pays émergents, Russie, Inde, Chine et Brésil.
L’habillement représente environ 60 % des débouchés textiles des fibres de lin. L’univers de la maison compte à hauteur de 30%, répartis à égalité entre linge de lit et de table et les tissus d’ameublement. Les textiles techniques (toiles à peindre, tuyaux souples, etc.) et matériaux à usages industriels (bâches, etc.) réalisent le solde de 10%.
Doté d’une grande résistance et d’un pouvoir d’absorption de l’humidité sans équivalent, le lin procure une sensation de bien-être à ceux qui le portent. Associé au cachemire ou à la laine, il se fait doux et chaud pour l’hiver. Mélangé à la soie, il devient précieux et portable le soir. Marié à la viscose ou au polyamide, il perd de sa froissabilité et peut se porter en toute circonstance. Autre atout : la solidité du lin. Après 50 lavages, une chemise en coton souffre et perd de sa tenue ; il en faut plus du double pour le lin. Sans parler du rendu incomparable des couleurs à l’origine de son succès dans le vestimentaire et dans l’univers de la décoration où il affiche son image qualitative et noble.
Après plusieurs années d’investissements en R&D, les filateurs européens ont réussi à améliorer le titrage des fils et à faciliter le tricotage pour donner naissance à une nouvelle génération de fils extra fins, réguliers et lisses, permettant de réaliser des mailles de lin, souples et élastiques. Le lin infroissable est né et offre de nouvelles perspectives de développement.

 

– – – 5. La confection du vêtement – – –

5
La confection des vêtements de lin est souvent exportée en Thaïlande ou au Népal pour profiter d’une main-d’œuvre peu coûteuse. Ce n’est pas le cas des vêtements en lin de Respecterre, qui sont tous taillés et assemblés dans l’atelier Respecterre situé à Ham-Nord, Qc, près de Victoriaville.

Voir tous les produits Respecterre en lin

Source:
1.Lin cultivé – Wikipédia

À propos de l’auteur Ugo Dutil: Ayant grandi à l’écovillage «la Cité Écologique» de 1 à 11 ans, j’ai décidé d’y retourner à 25 ans. J’aime bien ce mode de vie qui nous permet de prioriser les relations humaines face aux possessions matérielles. Je travaille avec Respecterre depuis 2013. La simplicité volontaire et la consommation responsable, surtout dans le domaine textile, me passionne.