Le sujet des teintures est peu discuté lorsqu’on considère la durabilité et l’empreinte écologique d’un vêtement. Nous sommes plus enclin à prendre en compte la culture écologique des fibres, les procédés de transformation de celles-ci ou les conditions des travailleurs lorsque vient le temps de faire un achat. De ce fait, il n’existe pas beaucoup de compagnies qui sont intéressés à mettre l’effort nécessaire pour détailler les colorants utilisés sur leur vêtements. Ça ne semble pas être l’un des côtés les plus intéressants pour le publique et pourtant cela devrait l’être.

Il n’y a pas d’obligation légale de noter les procédés de teinture sur l’étiquette du vêtement, comme c’est le cas pour la composition de fibre et la pays de fabrication1. Or, cette étape est cruciale. Elle est de plus en plus dénoncé comme étant une grande source de pollution non seulement lorsque le vêtement est teint à l’usine, mais aussi lorsqu’il est lavé dans nos machines domestiques pour se déverser dans nos usines d’épurations des eaux ou fosses septiques non équipées pour traiter ces produits2.

La complexité du sujet est certainement le frein principal à la compréhension du problème et, par le fait même, à la sensibilisation de monsieur et madame Tout-le-Monde. Il existe beaucoup de procédés de teinture différents3 (réactives, acides, disperses, vat, …). De plus, certains produits peuvent être ou ne pas être utilisés lors de la teinture : Des mordants (pour aider à la qualité et durabilité de la coloration), des agents mouillants et dispersants (pour aider à disperser et améliorer la rapidité). Tout ça pour finalement donner un cocktail qui peut être difficile à expliquer.

Un peu d’histoire

Comme plusieurs aspects de l’industrie du textile, les colorants synthétiques sont un phénomène relativement nouveau. Ils ont été inventés par erreur en au milieu du 19e siècle alors qu’un chimiste à créé une teinture mauve à partir de goudron4. Les teintures synthétiques ont pris le marché quasiment instantanément à la fin du 19e siècle5. Elles étaient meilleur marché et plus performantes que leurs alternatives de teinture à base de plantes ou de produits naturels.

Qu’est-ce qu’un colorant (teinture) de synthèse?

Il est bien important comprendre qu’un colorant (teinture) textile est élément de synthèse dérivé des produits du pétrole. Bien qu’idéologiquement, ce n’est pas l’idéal d’utiliser des produits qui proviennent de l’industrie pétrochimique, cela ne semble pas être le principal problème lié aux teintures. Les autres produits utilisés lors du procédé de teinture (mordants ou agent mouillant) sont les produits toxiques. Et paradoxalement, des mordants toxiques peuvent être utilisés pour des teintures de colorants d’origine naturels.

Le problème

1. LES EAUX USÉES DES USINES

Le problème le plus visuellement frappant et souvent le plus dénoncé est le déversement des eaux non traitées (ou même traitées) usées des usines de teintures. Elles sont déversées directement dans l’environnement et contaminent les sources d’eau potable avec les humains et animaux qui en dépendent. Dans la majorité des pays développés, des lois sont en place pour réglementer le traitement des eaux des usines et les produits utilisés. Par contre, ce n’est pas le cas pour les pays en développement qui sont maintenant les plus importants manufacturiers de vêtements.

Au Canada, des écologues ont travaillé en collaboration avec nos élus(es) pour mettre en place la Loi canadienne sur la protection de l’environnement6, votée, il y a presque 20 ans en 1999. Un sujet bien identifié dans cette loi était les Effluents des usines de textile2. Autrement dit : l’eau qui est rejetée des usines de teinture textile.

En gros, plusieurs études ont été menées pour conclure que les eaux rejetées par les usines de textile étaient toxiques même si ces eaux étaient soit traitées dans l’usine et/ou rejetées dans un système de traitement des eaux. Il restait toujours des résidus toxiques après les le traitement.
Nous avons donc voté pour obliger les usines textiles à passer des tests, traiter leurs eaux usées et à se conformer à ne pas utiliser une liste de produits7 considérés comme toxiques. Sur cette liste, on retrouve le Nonylphénol et ses dérivés éthoxylés (Agent mouillant mieux connu sous l’abréviation NPE), le Benzidine et dichlorhydrate de benzidine (cancérigène reconnu), FormaldeydeBenzène, Diisocyanates de toluène, Phtalate de bis(2-éthylhexyle). Les mordants qui contiennent des métaux lourds : Mercure, plombComposés de chrome hexavalent, Composés inorganiques de cadmium, Composés inorganiques oxygénés, sulfurés et solubles du nickel.

Il faut le reconnaître, ce fut un bon travail de notre système législatif. Depuis le début des années 2000, les usines textiles sont suivies de près et nous avons moins à craindre des rejets des eaux des usines de teinture textile au Canada. On peut lire en ligne des rapports annuels sur la LCPE8. Par contre, la mise en place de cette loi coïncida avec l’exportation massive des manufactures de vêtements vers les pays en développement et vers Chine. Des 145 usines de teinture textiles exploitées au Canada en 19992 (dont 58% au Québec), il reste moins d’une demi-douzaine9.

2. CONTAMINATION PAR LE LAVAGE DOMESTIQUE

Le problème persiste, car la majorité des vêtements vendus au Canada sont confectionnés (et teint) dans des pays qui n’ont pas de réglementation comme la nôtre. Donc, non seulement, des usines de teinture textile rejettent des eaux toxiques (qui sont maintenant loin de nous, mais cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas s’en préoccuper), mais nous sommes encore directement touchés par ces produits toxiques qui sont transportés sur les vêtements jusqu’ici. Lorsque ces vêtements sont lavés dans nos machines domestiques, des particules soit de teinture qui n’a pas complètement réagi ou de mordant (métaux lourds) ou de NPE sont relâchées dans nos fosses septiques et dans nos usines de traitement des eaux.

Et ça n’a pas changé, nos usines de traitement des eaux ne sont toujours pas capables de complètement éliminer les NPE. Et même si elle le faisait, les déchets de boue de ces usines sont enfouis par la suite.

Tant qu’il n’y aura pas de règles pour identifier les procédés de teinture sur les étiquettes de composition des vêtements. Il sera impossible d’empêcher l’importation de vêtements qui portent des résidus de produits toxiques.

3. ABSORPTION PAR LA PEAU

Il va sans dire que si les résidus des produits sont sur les vêtements, ils sont forcément absorbés par la peau de celui qui les porte et se rendent directement dans notre corps.  Les produits ne se trouvent plus sur le vêtement après quelques lavages (ils ont été transférés dans nos systèmes de traitements des eaux). Mais, tout de même, qui veut prendre ce risque. On le fait, car on ne le sait tout simplement pas.

Teinture écologique

Lorsqu’on parle de teinture écologique, il n’y a pas de solution miracle. Même les teintures à base de colorants naturels peuvent être utilisées avec des mordants qui contiennent des métaux lourds10. De nos jours, il n’existe plus de fournisseurs industriels qui offrent des teintures naturelles. On peut, oui, teindre personnellement quelques morceaux de vêtements avec des teintures naturelles, mais pour teindre 500 mètres de rouleaux de tissu, il n’existe pas de teinturier qui offre une alternative naturelle.

Dans nos recherches nous n’avons trouvé qu’une seule entreprise qui offre de foulards faits à la main qui utilise avec une teinture naturelle: Infuse

Et la seule compagnie de vêtement que je connaisse qui utilise de teinture naturelles à base d’argile est Earth Creation basé à Bessemer, Alabama, USA.

Peut-être que ce sera quelque chose qui sera développé par Respecterre dans le futur.

Solutions

C’est bien de mettre le problème en évidence, mais quelles sont les solutions concrètes pour agir dès maintenant pour notre santé à tous et celle de notre environnement. Voici 3 trucs pour acheter vos vêtements avec la certitude que ceux-ci ne contiennent pas de produits toxiques.

1. TEINT AU CANADA – RÉGLEMENTATION CANADIENNE

Tel que discuté ci-haut depuis la Loi canadienne sur la protection de l’environnement (1999) (L.C. 1999, ch. 33)6, nous pouvons avoir confiance qu’un vêtement fait avec un tissu teint au Canada ne contient pas de résidu de produits toxiques.

Il est assez difficile de savoir si c’est le cas, car ce n’est pas une exigence du Bureau de la concurrence1 d’avoir de l’information sur la teinture sur l’étiquette du vêtement. Prenez le temps de le demander à la marque de vêtement. Si les marques de vêtements voient qu’il y a un intérêt des clients à ce sujet, elles seront plus intéressées à afficher ce genre d’information.

Éviter les produits faits à l’étranger. Ils sont forcément teints à l’étranger.  Attention, «Fait au Canada» ne veut pas nécessairement dire «Teint au Canada».

2. LE STANDARD 100 DE OEKO-TEX®

Le standard 100 de OEKO-TEX®11 est un système indépendant créé en Suisse, en 1992, pour détecter les produits nocifs dans les produits textiles. Plusieurs laboratoires à travers le monde font partie de cette association peuvent tester les produits pour les certifier sans danger pour la santé. La liste des substances nocives12 de ce système est très complet. Il teste : les mordants de métaux lourds (Arsenic, Plomb, Cadmium, Chrome, Cobalt, Cuivre, Nickel, Mercure), les phtalates, les Benzènes et tuolènes chlorés, les composés perfluorés (PFCs), Nonylphenol (NPEs) et plusieurs autres produits nocifs.

Donc soit un vêtement certifié OEKO-TEX® (il y aura une étiquette dans le vêtement si c’est le cas, à côté de l’étiquette de composition) qui a été testé en laboratoire. Ou, au moins, avoir un vêtement fait avec un tissu certifié OEKO-TEX®. Il n’a a pas encore beaucoup de vêtements qui sont certifiés par le standard 100 de OEKO-TEX®. Encouragez vos marques préférées à aller faire tester leurs vêtements pour avoir la certification qu’ils ne contiennent pas de produits toxiques.

3. LA COULEUR NATUREL, SANS TEINTURE

Les couleurs nommées «naturel» sont souvent la couleur d’origine de la fibre. Donc le tissu n’a pas été teint. Cette couleur varie entre le blanc cassé, le beige et le brun pâle tout dépendant du type de fibre. En sélectionnant cette couleur, il est certain qu’il n’y aura aucune substance toxique liée aux teintures. C’est simple.

Conclusion

En terminant ce qui a certainement été l’article qui a demandé le plus de recherche sur ce blogue, il est évident que le sujet de la teinture est complexe et que la grande majorité des consommateurs ne comprennent pas l’étendue complète du sujet. Il n’y a pas de solution facile et universelle, mais une façon de s’assurer que les produits que l’on achète ne contiennent pas de produits toxiques est de demander à la compagnie où sont teints les vêtements et s’ils ont été fabriqués avec des tissus certifiés OEKO-TEX® STANDARD 100 ou acheter des vêtements de couleur «naturel». Ne jamais oublier que si le consommateur s’intéresse à ces sujets, les compagnies de vêtements deviendront certainement aussi intéressées.

D’autres technologies existent pour le futur. Comme cette machine qui permet de teindre sans utiliser d’eau ou produits toxiques. Par contre elle ne teint que le polyester pour l’instant. Si vous avez lu notre article «Les vêtements en plastique» sur la mircopollution, vous savez qu’elle est notre opinion sur le polyester. Mais, il ne faut pas croire que la consommation de polyester ne passera pas de 30 millions de tonnes à 0 du jour au lendemain. Ce genre de technologie peut-elle aider à minimiser les dégâts?

À propos de l’auteur Ugo Dutil : Ayant grandi à l’écovillage «la Cité Écologique» de 1 à 11 ans, j’ai décidé d’y retourner à 25 ans. J’aime bien ce mode de vie qui nous permet de prioriser les relations humaines face aux possessions matérielles. Je travaille avec Respecterre depuis 2013. La simplicité volontaire et la consommation responsable, surtout dans le domaine textile, me passionne.

 Sources :
1. Guide du Règlement sur l’étiquetage et l’annonce des textiles
2. Loi canadienne sur la protection de l’environnement (1999) – Effluents des usines de textile
3. Procédés de teinture différents
4. Histoire des teinture
5. La naissance des teintures synthétiques
6. Loi canadienne sur la protection de l’environnement (1999) (L.C. 1999, ch. 33)
7. Liste des substances toxiques gérées sous la LCPE
8. Rapports annuels sur la LCPE
9. Active dyers in 2009
10. Toxic mordant can be used with natural dyes
11. Le Standard 100 de OEKO-TEX
12. Liste des substances nocives Standard 100 Oeko-tex
13. GLOBAL ORGANIC TEXTILE STANDARD
14. Greenpeace Dirty Laundry 12 pages
15. Wikipedia Nonylphénol
16. Greenpeace Fashion at the Crossroad
17. Greenpeace A Little Story about a Fashionable Lie 
18. We Have No Idea How Bad Fashion Actually Is for the Environment
19. NPEs (nonylphenol ethoxylates)
20. Nonylphenol (NP) and Nonylphenol Ethoxylates (NPEs) Action Plan 
21. Colorants azoïques dispersés
22. Disperse Yellow 3 
23. Pourquoi colorants naturels? 
24. Health & Environmental Hazards of Synthetic Dyes
25. Ajax Textile Dyer
26. Wikipedia Oeko-Tex Standard 100
27. Detox Outdoor (PFCs)
28. Detox Campaigns