Pour faire des vêtements, il faut du tissu → pour faire du tissu, il faut du fil → pour faire du fil… Il faut des fibres. Et c’est justement cette matière première qui rend un vêtement écologique ou non.

Qu’est-ce qu’une fibre écologique ?

C’est une alternative à deux choses :

1. Les fibres dérivées du pétrole (polyester, nylon, acrylique, etc.). Dans une perspective de développement durable, il faut viser à devenir indépendant de cette industrie. Ces fibres ne sont pas biodégradables et causent un problème lorsque le vêtement arrive à la fin de son cycle. Il y a aussi des micropollutions qui se retrouvent dans la nature lors du lavage de ces vêtements. Les fibres synthétiques représentent environ 60% des fibres textiles utilisées dans le monde.

2. Le coton conventionnel (non bio) dont la culture requiert beaucoup de pesticides & insecticides (produits « pas cool » qui se retrouvent directement dans notre environnement et causent des maladies graves comme le cancer). La culture nécessite beaucoup d’eau. En plus d’encourager la dictature de Monsanto qui a le monopole des OGM. Le coton représente environ 30% des fibres textiles utilisées dans le monde.

C’est donc dire que toutes les autres fibres ne représentent que 10% des fibres utilisées mondialement. Ce n’est pas beaucoup, mais il y a un début à tout. Pour changer ces proportions, il faut commencer par comprendre. C’est justement le but de cet article.

Voici donc de l’information sur différentes fibres dites « écologiques ». Certaines le sont plus que d’autres… Comme nous le découvrirons.

Et comme tout décompte qui se respecte, nous commencerons avec le numéro 5 pour finir avec le meilleur au numéro 1.

5.Coton bio

Comme tous les produits biologiques, la culture du coton bio a été faite sans utiliser d’OGM, de pesticides, insecticides ou autres produits chimiques qui pourraient nuire à l’environnement. Pour filer et tricoter le coton, l’expertise mondiale est déjà bien développée. Le coton joue un rôle complémentaire avec d’autres fibres écologiques.

Le coton bio est numéro 5 sur cette liste. Bien qu’il offre une alternative au coton conventionnel, la culture du coton, bio ou pas, reste extrêmement exigeante sur de l’environnement à cause de l’eau nécessaire et l’appauvrissement des sols. Il ne représente pas un bon potentiel de fibre locale pour le Canada.

Les pour :

  • Aucune transformation nécessaire.
  • Prix bon marché.
  • Expertise déjà développée.
  • Fibre biodégradable.

Les contre :

  • Le coton ne pousse pas au Canada. Il faudra donc toujours l’importer.
  • La culture du coton demande beaucoup d’eau et est très exigeante sur les sols.
  • Les produits doivent être certifiés.
  • La plante de coton est très vulnérable aux insectes et maladies (d’où l’utilisation massive de produits chimiques pour cultiver le coton non bio). Il y a donc toujours un risque de perdre la récolte ou d’avoir un rendement moindre.

4.Bambouu

Le bambou est la plante qui possède la croissance la plus rapide au monde. Sa culture ne nécessite aucun engrais chimique ni pesticide. Sa production utilise quatre fois moins d’eau que le coton et elle est totalement biodégradable. Le tissu qui résulte de cette fibre possède également une capacité d’absorption supérieure à la moyenne. Par contre, il y a une controverse sur les produits utilisés lors du procédé pour transformer le bambou en fibre (Lire plus à ce sujet).

À cause du procédé de transformation (procédé viscose) et du manque de potentiel pour la culture locale, le bambou est numéro 4.

Les pour :

  • Les forêts de bambou absorbent 35% plus de CO2 que n’importe quelle autre forêt.
  • Le bambou pousse sans nécessités d’insecticides ou pesticides.
  • Le rendement de fibre par hectare est nettement supérieur (on dit jusqu’à 50 plus que le coton. Par contre, le temps de maturation prend 3 à 5 ans, versus 9 mois pour le coton)
  • Les vêtements en bambou sont très faciles d’entretiens et presque infroissable.
  • Le confort et la douceur du tissu de bambou sont inégalés.
  • Besoin de 4 fois moins d’eau que le coton.
  • Fibre biodégradable.

Les contre :

  • Transformation (procédé viscose) qui nécessite de l’hydroxyde de sodium (Lire plus à ce sujet).
  • Le bambou ne pousse pas au Canada. Il faudra donc toujours l’importer.
  • Le fil de bambou est souvent mélangé avec du coton ou coton bio afin d’avoir une meilleure texture.
  • Il est parfois impossible d’avoir un tissu de mélange avec du coton bio.
  • Le fil et tissu de bambou provient de la Chine.

3.Eucalyptus (Tencel)

Le tissu d’eucalyptus absorbe l’humidité et prévient la formation de bactéries. Il est extrêmement doux et convient aux peaux sensibles. Il s’agit est une fibre 100 % naturelle, extraite de bois d’eucalyptus provenant de plantations écologiques et durables. Le procédé de production de la fibre est respectueux de l’environnement (Lire plus à ce sujet) à tous les niveaux. Les produits utilisés pour sa transformation sont recyclés jusqu’à 99.7 %

L’eucalyptus (ou Tencel) se retrouve au numéro 3 grâce à son procédé de transformation écolo. Par contre, il ne poussera jamais au Canada le rendant toujours dépendant d’une industrie mondiale.

Les pour :

  • L’eucalyptus pousse sur des terres arides sur lesquelles il est impossible de pratiquer d’autres cultures.
  • Besoins très faibles en eau.
  • L’eucalyptus pousse sans nécessités d’insecticides ou pesticides.
  • Procédé de transformation très respectueux de l’environnement (Lire plus à ce sujet).
  • Le fil d’eucalyptus n’a pas besoin d’être mélangé avec du coton bio.
  • Les vêtements en eucalyptus sont très faciles d’entretiens et presque infroissable.
  • Le tissu d’eucalyptus est confortable et doux (moins que le bambou).
  • Le tissu d’eucalyptus possède une excellente gestion de l’humidité.
  • Fibre biodégradable.

Les contre :

  • L’eucalyptus ne pousse pas au Canada. Il faudra donc toujours l’importer.
  • L’eucalyptus en provenance d’Afrique du Sud ou du sud de l’Europe (où il pousse) est expédié en Autriche (pour être transformé et filé) et par la suite expédié ici pour être tricoté. Ça fait beaucoup de transport

2.Lin

Matière noble, le lin est une fibre entièrement naturelle qui ne nécessite aucun produit chimique pour sa croissance ni pour sa transformation. Le tissu nous garde au frais l’été et au chaud l’hiver, car l’air qu’il maintient dans ses fibres en fait un isolant naturel. Le tissu de lin a une action bénéfique sur les peaux sensibles. C’est le tissu le plus résistant. Il ne peluche pas et ne se déforme pas. Il s’adoucit avec les lavages.

Le lin se trouve numéro 2 de ce merveilleux palmarès.  Sa transformation mécanique, sa résistance et son potentiel pour devenir une fibre locale placent le lin dans une bonne position.

Les pour :

  • Transformation mécanique (teillage… Il faut juste briser la tige et extraire manuellement la fibre). (lire plus à ce sujet)
  • Peut pousser au Canada (en fait, le Canada est le plus grand producteur de graine de lin au monde. Par contre, la variété pour la fibre serait différente et nous n’avons pas l’expertise pour teiller le lin).
  • Fibre très résistante. Les vêtements durent plus longtemps.
  • Les graines de lin sont très bénéfiques pour notre santé.
  • La plante de lin fournit une matière première utilisable par plusieurs industries.
  • Fibre biodégradable.

Les contre :

  • L’expertise pour teiller, filer et tricoter le lin reste à développer au Canada (pour l’instant, il n’existe aucun tissu fait de lin poussé au Canada. Si vous en trouvez, nous sommes acheteurs !)
  • Le tissu de lin est plus difficile d’entretien (froisse plus facilement).
  • Le tissu de lin provient de la France (1er producteur mondial de lin teillé)

1.Chanvre

Le Chanvre est beaucoup plus résistant que le coton. Il est hypoallergénique et non-irritant pour la peau. En fait, le chanvre est l’un des tissus les plus écologiques actuellement accessibles. La plante est naturellement très résistante aux parasites et sa croissance demande peu d’eau. Le tissu de chanvre a la particularité de « bien vieillir », en effet, plus vous le portez, plus il devient doux, souple, confortable.

La fibre de chanvre remporte la palme au numéro 1. Non seulement pour sa durabilité et pour son potentiel local, mais aussi, pour toutes ses différentes applications qui pourraient transformer plusieurs industries.

Les pour :

  • Pousse comme une mauvaise herbe (donc très résistant aux insectes et maladies) et ne nécessite l’usage d’aucun insecticide ou pesticide.
  • Fibre très résistante. Les vêtements durent plus longtemps.
  • Ne prends que 11 semaines pour arriver à maturité.
  • Peut pousser au Canada (par contre, la réglementation de santé Canada est contraignante. Il avoir un permis pour faire pousser, pour transformer, pour transporter le chanvre.)
  • La culture du chanvre régénère les sols.
  • La graine de chanvre contient 25% de protéines en plus d’une excellente teneur (et une balance parfaite) en oméga-3 et oméga-6. Très bénéfique pour notre santé.
  • L’industrie du chanvre pourrait devenir extrêmement versatile. Tant au niveau alimentaire que textile que dans le domaine de la construction. Il y a vraiment mille et une applications au chanvre qui peuvent remplacer, de façon tout à fait écologique, plusieurs produits actuels d’industries polluantes.
  • Fibre biodégradable.

Les contre :

  • L’expertise pour teiller, filer et tricoter le chanvre reste à développer au Canada (pour l’instant, il n’existe aucun tissu fait de chanvre poussé au Canada. Si vous en trouvez, nous sommes acheteurs !)
  • Le fil de chanvre est souvent mélangé avec du coton bio pour diminuer le prix du tissu et parce que le chanvre seul est trop rugueux pour faire de tricots.
  • Prix plus élevé.
  • Pour l’instant, le tissu de chanvre provient soit de la Chine ou de la Roumanie.
  • Le tissu de chanvre est plus difficile d’entretien (froisse plus facilement).
  • Régulation pour la culture, pour la transformation et pour le transport du chanvre industriel à cause de sa ressemblance avec le plant de marijuana.
À propos de l’auteur Ugo Dutil: Ayant grandi à l’écovillage «la Cité Écologique» de 1 à 11 ans, j’ai décidé d’y retourner à 25 ans. J’aime bien ce mode de vie qui nous permet de prioriser les relations humaines face aux possessions matérielles. Je travaille avec Respecterre depuis 2013. La simplicité volontaire et la consommation responsable, surtout dans le domaine textile, me passionne.