Depuis le début des années 2000, une bonne partie de la population a commencé à s’interroger sur l’usage des sacs d’épicerie en plastique à usage unique et sur la pollution que ceux-ci causent lorsqu’ils se retrouvent dans les sites d’enfouissements (la décomposition prenant jusqu’à 400 ans). Je travaillais dans une épicerie à cette époque en tant qu’«emballeur de de sacs» et «pousseur de paniers» et cette polémique a mené à beaucoup plus de discutions à la suite de ma question automatique fétiche : «Bonjour, sacs en plastique ou en papier?»

Dès lors, nous avons vu l’apparition de sacs réutilisables vendus à la caisse (ceux-ci aussi en plastique…), de sacs biodégradables (il parait que ce n’est pas une bonne solution, car ceux-ci sont mis au recyclage par erreur et cela nuit au recyclage du plastique. Je crois, tout de même, que c’est une bonne alternative) et des crédits de 0,03 $ pour les gens qui n’utilisent pas ces sacs. Au cours des 10 ou 15 dernières années, l’évolution de notre pensée collective nous mène à ceci : En 2018, la ville de Montréal bannira l’usage de sac d’épicerie à usage unique (moins de 50 microns, 0,05 mm). Ce n’est probablement pas la solution au vrai problème sous-jacent qui cause notre mentalité de surconsommation paresseuse, mais ceci est un autre sujet.

Après toutes ces discussions sur les sacs de plastique qui sont source de pollution, pourquoi ne parle-t-on jamais des vêtements en plastique? Qui, non seulement se retrouvent aussi dans les sites d’enfouissements, mais qui causent une micropollution sur laquelle l’opinion publique a encore peu de connaissance. Il est vrai que les vêtements en polyester, nylon, acrylique, etc. n’ont pas la caractéristique «d’usage unique» et que la corrélation est peut-être moins évidente entre «robe de polyester» versus «plastique» que «sac en plastique» versus «plastique». La texture est différente. Le nom est différent («polyester» versus «plastique»). Et cette robe est tellement belle, pas comme ce vieux tas de sacs chiffonné dans un sac de sacs de sacs dans l’armoire. La réalité est que 60 % des fibres textiles utilisées sont des fibres de plastique. Quel est l’impact environnemental de cette consommation? Dur à dire.

Un peu d’histoire

Évolution des fibres synthétique (fibres de plastique) au 20e siècle La première fibre synthétique (je préfère dire de «fibre de plastique») a été fabriquée en 1938. C’est le nylon. Ce n’est seulement qu’à partir des années 1950, après l’invention du polyester, que les fibres de pétrole prennent un réel essor qui mènera à une domination lors des années 1990. Le portrait d’aujourd’hui ressemble à : 60 % fibres synthétiques, 30 % coton et 10 % autres. L’utilisation de ces fibres est donc un phénomène assez récent et est étroitement liée à l’exploitation pétrolière. Comment expliquer cet usage massif? C’est très simple… leur production coûte moins cher. Et dans notre monde merveilleux, «moins cher» = «mieux» (forcément…).

 

La micropollution plastique

Lorsque nous réfléchissons à propos de la pollution plastique des océans, nous avons tendance à penser à de gros débris de plastique, comme des sacs en plastique, des tasses en styromousse, des filets de pêche abandonnés et des bouteilles. C’est déjà bien documenté que beaucoup de poissons, oiseaux, tortues et mammifères marins meurent chaque année à cause de l’ingestion ou l’enchevêtrement dans une telle matière plastique. Par contre, ce qui est invisible à notre oeil a tendance à aussi l’être à notre esprit. Il y a très peu de sensibilisation sur les «microplastiques» (morceaux de moins d’un millimètre). Pas de reportage, pas de protestation, pas de discussion … même pas de polémique. Parce qu’il est plus difficile de montrer quelque chose qui, en temps normal, ne se voit pas? Parce que les gens aiment trop leurs vêtements en microplastiques pour faire l’effort de changer?

Peut-être simplement, parce que c’est un phénomène relativement nouveau qui nous prend tous par surprise? Qui aurait cru que le port de vêtements en polyester pollue l’environnement de façon si subtile et sournoise à petit feu. Il faut se rappeler que ce n’est pas avant le début des années 1990 que les fibres synthétiques ont pris un réel momentum dans le monde textile. C’est un phénomène relativement nouveau pour l’humanité. 26 ans, c’est long pour une vie humaine, mais sur une échelle anthropologique ce n’est rien.

Le lien «micropollution» et «vêtements en plastiques»

Quel est le lien entre porter des vêtements en fibres synthétiques et la micropollution des océans? C’est n’est pas le port ces vêtements qui causent le tors, mais lorsqu’on porte un vêtement, il devient sale. Il faut le laver. C’est lors du lavage que se détachent du vêtement les fibres polluantes. Transportées par l’eau, elles se rendent aux rivières, puis aux fleuves et ultimement à l’océan. Selon une étude publiée en novembre 2011 par le magazine Environmental Science & Technology, un seul vêtement en polyester peut laisser aller plus de 1900 fibres de plastique par lavage. Et chaque article testé a produit plus de 100 fibres par litre d’eau usée. Les textiles les plus polluants étaient les tricots de type «fleece».

Il y a un lien direct entre la micropollution plastique des océans et le port de vêtements en fibres synthétiques. Les autres principales sources de micropollution plastique sont les maquillages (les «microbilles… en plastique) et produits nettoyants contant des granules de plastique, et les dégâts de poudre de plastique industrielle destinée à être fondue en d’autres articles. Il est estimé que 85 % de toutes les pollutions mircoplastiques dans l’océan proviennent des textiles. Selon le chercheur Mark Browne, la pollution la plus abondante à être trouvé directement dans les habitats est issue de textiles.

——————————— Mise à jour du 19 juin 2017———————————-

Enfin plus de conscientisation sur la micropollution liée aux vêtements en plastique.  Je suis récemment tombé sur un vidéo très intéressant sur le site storyofstuff.org qui illustre très bien le problème lié à la micropollution et qui fait réfléchir sur la complexité lié au polyester recyclé. Ce même site propose un article pour comment combattre la micropollution plastique.

L’an dernier, et plus tôt cette année, la compagnie de vêtements plein air Patagonia, reconnue pour ses vêtements éthiques et écologiques (utilisant principalement du polyester recyclé pour confectionner ses vêtements), a publié deux articles sur son blogue au sujet de la micropollution plastique → «What Do We Know About Tiny Plastic Fibers in the Ocean? » et «An Update on Microfiber Pollution». Elle promet mettre les efforts pour mieux comprendre les effets de la micropollution sur les océans…  À suivre…

 

À propos de l’auteur Ugo Dutil: Ayant grandi à l’écovillage «la Cité Écologique» de 1 à 11 ans, j’ai décidé d’y retourner à 25 ans. J’aime bien ce mode de vie qui nous permet de prioriser les relations humaines face aux possessions matérielles. Je travaille avec Respecterre depuis 2013. La simplicité volontaire et la consommation responsable, surtout dans le domaine textile, me passionne.