J’ai grandi dans des habitudes de simplicité volontaire. Aussi loin que je me souvienne, avant d’acheter un produit, probablement plus par soucie d’économie personnelle que d’écologie à cette époque, avant même de comparer les prix, avant de mesure l’impact sur l’environnement de la confection du produit, avant de considérer les déchets causés par l’emballage ou la fin de vie du produit, avant de mesurer l’impact économique d’un achat local ou d’estimer les violations aux droits de l’homme que la création du produit a engendré, je me suis toujours poser la question : «En ai-je vraiment besoin?». Est-ce que ce produit que j’achète est nécessaire à mon existence? Ou bien est-ce un besoin que je me suis créé ou que l’on m’a suggéré à travers différentes publicités pour combler un vide qui a pour vraie cause quelque chose qui ne peut être comblé par l’achat d’un bien matériel?

Après tout, même les produits les plus écologiques au monde ont une empreinte environnementale. Même la carotte d’un producteur local certifié bio qu’on achète au marché directement du producteur à une empreinte environnementale. Sa culture a peut-être nécessité l’utilisation un tracteur ou rotoculteur. Le produit a été transporté au marché par camion ou auto. La personne qui s’est déplacée chez le producteur pour donner la certification «biologique» s’est déplacée à l’aide d’une automobile qui a contribué à endommager l’environnement, ironiquement. Ai-je vraiment besoin de manger une carotte bio? Oui, manger est un besoin essentiel à notre survie. Ai-je vraiment besoin d’acheter un autre t-shirt alors que j’en ai suffisamment dans mon tiroir? Telle est la question.

À travers les médias, on propose souvent le terme «mode écologique». L’utilisation du mot «mode» dans ce contexte est probablement plus exprimée en signifiant «habillement» qu’en son sens de style vestimentaire présentement en vogue. Ça porte tout de même à réfléchir sur la contradiction qui pourrait exister entre l’écologie et la mode.

La mode et l’écologique sont-ils deux concepts contradictoires?

D’une part, la mode est éphémère. Elle change, elle évolue souvent. Le mot «mode» peut aussi avoir le sens de «façon de faire les choses». Et peut-être un jour ce sera «à la mode» d’avoir des modes vestimentaires intemporelle. Mais en son sens le plus commun, le mot «mode» désigne des tendances vestimentaires saisonnières qui changent souvent et qui ne durent jamais bien longtemps. On est porté à croire que ce phénomène social encourage la surconsommation. D’autre part, l’écologie ou le développement durable est une façon de faire les choses afin d’assurer une perpétuité. Ses philosophies encouragent une consommation responsable et la consommation la plus responsable est souvent la non-consommation.

Il y a un contraire évident entre la surconsommation et la non-consommation. Par contre, tous les jours on consomme. Nous avons créé cette société de sorte que tout le monde, tous les jours, consomme quelque chose. Par exemple, on doit manger, on n’a pas le choix. Peu, très peu, d’entre nous cultivent tous ce qu’ils mangent. Alors on achète. Et lorsqu’on n’a pas le choix de consommer, lorsque c’est nécessaire, c’est là qu’une consommation responsable prend tout son sens. On achète des produits écoresponsables qui ont eu un impact moindre sur l’environnement, qui n’auront pas d’impact négatif sur notre santé ou dont la confection n’a pas violé les droits de l’homme. Pour savoir si le concept de mode écologique est paradoxal ou non, la question que l’on devrait se poser est : «La mode est-elle nécessaire?»

La mode est-elle nécessaire?

Depuis longtemps dans l’histoire humaine, porter des vêtements est un besoin essentiel. Tous les jours, on ne peut pas se promener sans vêtements pour des raisons de pudeur et surtout pour se protéger contre les intempéries. En plus de sa fonction purement pratique, l’habillement est devenu depuis quelques millénaires une façon de se présenter, de s’exprimer et de se définir. Que l’on veuille faire une bonne impression aux gens que l’on rencontre ou pour amener de la beauté et de l’art dans son milieu ou pour soi-même, on peut s’habiller de mille et une façons différentes.

Personnellement, j’ai pour philosophie qu’il ne faut pas se fier aux apparences et que peut importe comment on se vêtit chaque jour, c’est n’est pas vraiment ce qui compte. Je n’ai jamais aimé magasiner des vêtements. J’use mes vêtements jusqu’à ce que ce soit complètement impossible de les porter. J’ai encore des t-shirts vieux d’il y a 10 ans, troués. Ce que les autres pensent de mon apparence physique m’importe peu. Si je n’avais pas à bien me présenter dans un contexte professionnel, je n’aurais probablement que de vieux vêtements désuets. Alors est-ce que la mode est nécessaire? Pour moi… non. Mais bon, il n’y a pas que moi. Et tout le monde est unique dans son rapport avec son habillement. Je comprends très bien les gens qui se définissent par ce qu’ils portent ou qui souhaite créer une énergie positive à travers leurs habillements. Ou bien les gens qui, dans un contexte professionnel, ou non, souhaitent bien paraître. Ou bien les artistes qui créent à travers leur habillement, ils ou elles sont les interprètes de l’œuvre des designers.

Est-ce nécessaire de bien paraître? Ou bien est-ce que l’art est nécessaire dans nos vies? Tout cela dépend de notre point de vue.

L’écologie ne doit pas être un prétexte à la surconsommation.

Comme mentionné plus tôt, tous les produits ont une empreinte écologique. Même les produits dits «écologiques». On vise toujours à diminuer les impactes sur l’environnement, mais tant et aussi longtemps que nos moyens de transport reposeront sur la combustion d’énergies fossiles, avoir un impacte environnementale inexistant sera impossible. Le fait qu’un produit présente un impact moindre sur l’environnement est-il une bonne raison pour acheter celui-ci si on n’en a pas besoin?

Dans le film «The True Cost» (qui dépeint le côté sombre de la mode), un sujet, présenté au milieu du film, propose qu’il y ait deux sortes de produits de consommation : 1) les produits qui sont utilisés pour une longue période de temps (une auto, une laveuse, etc.) et 2) les produits qui s’épuisent (la nourriture, les savons, etc.). Il faut être vigilant et toujours faire la distinction entre les deux. Dans notre cas, les vêtements sont des produits à utiliser pendant plusieurs années. Même si c’est un produit écologique que l’on a acheté, il faut en faire bon usage.

La mode écologique est-elle paradoxale? 

Bref, la mode (en son sens de tendance vestimentaire) et l’écologie peuvent-elles s’harmoniser? Est-ce possible de vouloir diminuer son empreinte environnementale tout en s’habillant de façon artistique? Est-ce un besoin essentiel que de s’habiller de façon à bien paraître? Est-ce que ces deux concepts présentent des philosophies contradictoires? Comment définir «besoin»? Quelle est la réponse? Comme Eric-Emmanuel Schmitt a écrit dans «L’Évangile selon Pilate» : «Qu’est-ce que la vérité? Il y a la tienne, la mienne et celle de tous les autres. Toute vérité n’est que la vérité de celui qui l’a dite. Il y a autant de vérité que d’individus.»

À propos de l’auteur Ugo Dutil: Ayant grandi à l’écovillage «la Cité Écologique» de 1 à 11 ans, j’ai décidé d’y retourner à 25 ans. J’aime bien ce mode de vie qui nous permet de prioriser les relations humaines face aux possessions matérielles. Je travaille avec Respecterre depuis 2013. La simplicité volontaire et la consommation responsable, surtout dans le domaine textile, me passionne.