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– Ugo, quel est ton rôle actuel dans Respecterre? Quelles tâches accomplis-tu au quotidien?

Je suis responsable des ventes et du marketing. Je m’occupe du contact avec nos clients pour les ventes. En gros, cela veut dire la vente de nos collections aux boutiques tous les 6 mois, le développement de nouveaux marchés et le lien avec nos clients. Je réponds aussi aux demandes corporatives (les entreprises qui nous demandent de coudre de nos vêtements à leur effigie, comme Radio-Canada, le Musée des Beaux-Arts ou certains spas).

Au niveau du marketing, je m’occupe par exemple de créer les catalogues de nos collections, de faire le design d’affiches ou encore de celui de nouvelles boîtes de sous-vêtements. Je m’occupe aussi de notre site web, avec sa mise en place et son entretien, la création d’infolettres et d’articles de blogue, et la promotion de nos vêtements.

Je suis aussi le responsable de l’entreprise. Je tiens le gouvernail afin d’assurer la bonne direction de Respecterre. J’organise par exemple les rencontres des associés. En bref, tout ce qui concerne le développement de l’entreprise passe en général sur mon bureau.

– Tu es un nouveau venu dans Respecterre. Comment en es-tu arrivé à occuper les fonctions que tu occupes aujourd’hui?

Au début, mon rôle devait presque être limité à un de spectateur (!) alors que j’allais donner un coup de main avec la boutique en ligne et assister Karen dans certaines de ses tâches. Mais Respecterre était en croissance et il y a du changement de personnel alors petit à petit, j’ai commencé à m’impliquer de plus en plus dans les ventes et le développement de l’entreprise. Comme dans la plupart des emplois qu’on va occuper dans la vie, il faut prendre le temps de se familiariser avec notre milieu et y faire sa place!

– Qu’est-ce que tu apprécies le plus dans ton travail?

J’aime tout d’abord créer : créer des visuels pour le site web ou pour différentes parties du marketing. J’adore aussi vulgariser. Dans notre industrie, on retrouve beaucoup d’informations qui ne sont pas divulguées ou qui sont des demi-vérités. J’aime donc aller chercher l’information juste pour pouvoir expliquer au consommateur ce qu’il ou elle achète… pour donner la chance aux consommateurs de faire des choix éclairés quoi!

Deux fois par année, je pars aussi visiter les détaillants à travers le Canada. J’apprécie ces voyages et les rencontres avec nos clients.

– Qu’est-ce que tu es le plus fier d’avoir développé comme qualité personnelle ou professionnelle en travaillant dans ce secteur?

Mon côté organisationnel : au niveau de mes tâches, de mes horaires et de mon suivi auprès de mes clients. C’est très important si on veut être efficace et rester zen en même temps!

– Tu œuvres dans un secteur de travail particulièrement difficile et compétitif. Il faut avoir une grande force, de bonnes motivations et certaines valeurs pour œuvrer dans ce secteur. Quelles sont les tiennes? Comment les transposes-tu dans Respecterre, dans son développement?

J’y puise une grande motivation en pensant que nous offrons aux citoyens une alternative à la 2e plus polluante industrie au monde. Et aussi en offrant aux consommateurs la possibilité de faire des achats responsables dans son habillement. Et bien sûr, chacun doit gagner sa vie : pour moi c’est une belle manière de le faire.

– Tout n’est jamais rose et facile dans la vie, et œuvrer dans un secteur comme le tien apporte son lot de défis. Qu’est-ce qui représente pour toi la plus grande difficulté ou frustration?

Le travail de vente est très difficile et exige une persévérance et un dévouement hors pair. La compétition dans l’industrie du vêtement est féroce, et celle du vêtement écologique n’y échappe pas. Faire affaire avec les détaillants est comme se tenir en équilibre sur un fil : c’est un milieu volatile, alors que beaucoup de boutiques ferment, ou ont de la misère à nous payer. Ouvrir le marché semble parfois mission impossible : jusqu’à présent, tous les clients qu’on réussi à gagner compensent seulement pour ceux qu’on perd. Aussi, en termes d’ouverture de marché, l’industrie du vêtement est dure en ce sens que nos lignes de vêtements rentrent dans un petit créneau, qui n’intéresse pas toutes les boutiques, même écolos.

Nous essayons aussi beaucoup de prôner des valeurs de développement durable, mais on se heurte parfois à des portes closes. Par exemple, s’approvisionner en tissus naturels, dans de petites quantités de surcroît, est ardu, alors que la majorité des fournisseurs vendent des tissus qui ne sont pas bio ou naturels, dans des quantités que seules les grandes marques peuvent se payer.

L’autre élément qui me titille dans mon travail est qu’encore trop peu de citoyens se rendent compte de toutes les étapes impliquées dans la confection d’un vêtement. La production des fibres, leur transformation et le filage, puis le design et la confection des vêtements et, enfin, leur transport et la vente aux consommateurs. Beaucoup de gens y sont impliqués et dans l’industrie conventionnelle du vêtement, les droits des travailleurs sont souvent bafoués, qu’on pense aux pesticides utilisés lors de la culture de la fibre ou des teintures utilisées lors de la confection du tissu. Pour l’environnement, c’est aussi souvent un poids. Les gens ont parfois de la difficulté à comprendre que plusieurs personnes ont été exploitées et que l’environnement a été pollué pour avoir un t-shirt à 7 $ et un jeans à 17 $.

Il y a donc beaucoup de travail de vulgarisation nécessaire pour rendre cette information accessible au consommateur, afin qu’il fasse des choix éclairés.

– Est-ce qu’il y a une particularité de ton travail que tu aimerais que les gens sachent?

Je travaille à Respecterre avec ma mère Noëlline et ma sœur Karen. C’est un privilège quotidien!

– Tu as récemment développé un logo «fait en écovillage», que tu apposes sur les vêtements Respecterre. Que cela représente-t-il? Quel est le but visé?

Ce logo représente tout le concept qui est derrière Respecterre et que les gens ne savent pas! Nous ne sommes pas une simple entreprise qui sert les intérêts d’un seul individu. Nous sommes une entreprise d’associés qui, par ses bénéfices, mais aussi par la grande majorité de ses salaires, aide à soutenir une communauté qui vise à changer le monde à travers une meilleure éducation pour les jeunes en plus de développer un mode de vie durable et équitable, dans tous ses aspects.

En toute honnêteté, derrière ce logo se trouve aussi un but marketing très précis : se démarquer de la concurrence. Nous sommes en quelque sorte dans une impasse à convaincre les gens à acheter des vêtements pour leur valeur écologique. D’une part, si nous n’arrivons pas à les convaincre de l’importance d’un tel choix, nous ne serons à long terme pas assez rentable pour subsister sur le marché. D’autre part, si tout le monde veut acheter des vêtements écologiques dans quelques années, c’est merveilleux, mais les grosses compagnies vont prendre le marché et cela sera très difficile pour nous. Il faut se démarquer.

Mais au final, qui peut se vanter de vivre à moins d’un kilomètre de son travail et de l’école de ses enfants? De pouvoir dîner chaque midi avec eux? De faire pousser ses légumes et de faire son compost? … et de confectionner une partie de ses vêtements? Encourager Respecterre, c’est aussi encourager un écovillage. C’est aussi encourager un mode de vie!

– Quels sont tes rêves futurs pour Respecterre, mais aussi pour l’industrie dans laquelle tu œuvres?

Mon plus grand souhait serait de participer au développement de tissus en chanvre et en lin produit au Canada, et de teintures faîtes à base d’argile. On passerait ainsi à un niveau supérieur d’écoresponsabilité avec des vêtements 100 % locaux! Mais nous allons devoir attendre que la législation par rapport au chanvre industriel change, ce qui actuellement dans l’air, avec une décision à venir du gouvernement fédéral. Je dois avouer que même malgré la possibilité à venir de faire pousser le chanvre au pays, un défi encore plus grand nous attend, soit de trouver une manière de transformer et de filer la fibre. En effet, c’est un talent que nous avons perdu au 20e siècle, avec la stigmatisation du chanvre. De sorte qu’aujourd’hui, les Chinois sont les seuls véritables artisans capables de transformer cette fibre!

J’aimerais aussi être capable de contribuer à hausser le chiffre d’affaires de Respecterre, afin qu’on soit capable de se payer un salaire minimum décent. Nous avons su bâtir une entreprise alternative qui est aujourd’hui assez bien implantée, mais nos coûts sont aussi très élevés et nous survivons grâce au sacrifice salarial que tous les associés acceptons de faire. En ce sens, ce serait éventuellement une belle récompense de pouvoir gagner un peu plus pour tout l’investissement que chacun ici y met!

– Quel est ton vêtement Respecterre préféré ou ta fibre préférée? Pourquoi?

J’adore le bermuda Maheo. C’est un tissu fait avec un mélange de chanvre et de coton bio… magnifique!

– Le travail c’est bien beau, mais ce n’est pas tout. As-tu une passion ou des intérêts particuliers qui te motivent dans ta vie personnelle?

Bien sûr! La musique (autant en écouter que jouer du piano), le développement personnel dans toutes les facettes de la vie!

– Nomme-moi un mot ou une phrase qui te représente bien.

C’est compliqué de développer quelque chose de simple!

À propos de l’auteur Charles Marceau-Cotton : Avec juste un peu plus d’un an de vie à la Cité Écologique, je suis le nouveau de la place! Mettre les pieds dans une telle communauté et, surtout, décider de s’y établir possède son lot de beaux moments, mais aussi de défis de toutes sortes. Je vous propose donc, à travers ces textes, mes vues sur différents aspects de la vie en communauté et d’observations personnelles sur le fossé qui existe parfois entre la société «mainstream» et l’écovillage.

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