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– Noëlline, quel est votre rôle actuel dans Respecterre? Quelles tâches accomplissez-vous au quotidien?

Je suis responsable de la Boutique attenante à notre atelier de couture, de celle sur le Web ainsi que de la gestion de notre inventaire. Dans les débuts de Respecterre, nous avons décidé d’ouvrir notre propre boutique, en plein milieu rural! Cela nous permet de recevoir les clients sur le merveilleux site de notre écovillage, tout en travaillant à l’atelier en même temps. De plus en plus, les gens aiment aussi acheter en ligne, alors je m’occupe en même temps du service au détail.

– Vous êtes la doyenne de Respecterre en âge et l’une des employées avec le plus d’expérience en couture. Racontez-nous un peu votre cheminement professionnel.

Si j’ai aujourd’hui un peu délaissé le travail sur les machines à coudre pour occuper d’autres fonctions dans l’entreprise, j’en ai pourtant vu de toutes les couleurs depuis presque 30 ans! J’ai commencé la couture en 1990. À cette époque, je cousais déjà sur une machine à coudre pour ma confection personnelle et celle de ma famille. Lorsque nous avons créé notre entreprise de sous-traitance de couture à ce moment, j’ai alors dû apprendre tous les rudiments de la couture industrielle : production à la chaîne, échéanciers serrés, travail autant individuel qu’en cellules (travail en équipe, autant debout qu’assis), et opération de machines à coudre aux fonctions très diverses. Toutes ces expériences m’ont fait découvrir certains aspects très routiniers et ennuyants, mais d’autres, très intéressants et formateurs! Ce que j’appelle souvent « l’école de la couture », un peu comme l’école de la vie, m’aura permis de faire un cheminement intérieur positif dont je suis aujourd’hui reconnaissante. Et depuis 2007, avec la venue de Respecterre, un élément écologique et éthique s’est ajouté à mon travail et me rend très heureuse.

– Qu’est-ce qui vous motive le plus dans votre travail ? Qu’est-ce que vous appréciez le plus?

Je me sens choyée sur plusieurs aspects. Ce qui me motive le plus est d’avoir constamment un « objectif global et un agir local ». La situation planétaire actuelle est critique, tant sur les aspects écologiques qu’humains. Je crois fermement que chacun d’entre nous qui en est conscient se doit de faire sa part au quotidien pour changer les choses. Respecterre m’offre cette possibilité d’avoir un objectif global : offrir une alternative aux vêtements traditionnels, où l’environnement et les conditions de travail sont souvent négligés; mais surtout, l’opportunité d’avoir un agir local, en travaillant au quotidien à créer des vêtements plus écologiques et éthiques.

J’apprécie aussi bien d’autres aspects de mon travail, comme le contact privilégié avec les clients (souvent déjà très sensibilisés), le fait qu’il soit en lien avec mes valeurs, mon horaire de travail flexible, ainsi que les tâches qui sont peu routinières.

– Qu’est-ce que vous êtes la plus fière d’avoir développé comme qualité personnelle ou professionnelle en travaillant dans ce secteur?

Je dirais sans hésiter la capacité de travailler en équipe. Dans le genre d’entreprise que nous avons bâti, il est impensable de penser réussir seul. Pendant nos premières années d’existence, nous avons dû accorder beaucoup d’énergie simplement à sensibiliser et informer les gens sur la mode que nous voulions prôner, et au développement de nouveaux produits. Aujourd’hui, nous assurons à la fois le dessin de nos lignes, leur confection et leur vente. Peu d’entreprises dans le secteur de la mode peuvent se vanter d’assumer autant de facettes de leur métier. Le tout en proposant des vêtements écologiques, éthiques, de qualité et fait localement. Sans cette capacité à travailler en équipe, nous n’aurions pas cette discussion aujourd’hui!

– Tout n’est jamais rose et facile dans la vie, et œuvrer dans un secteur comme le vôtre apporte son lot de défis. Qu’est-ce qui représente pour vous la plus grande difficulté ou frustration?

Ce que je trouve le plus difficile, curieusement, ne vient pas de l’extérieur, mais de moi-même! D’être en contact avec mes propres limites intérieures (tant au niveau personnel que du travail), de les accepter et de travailler à les transformer est mon défi quotidien. Mais petit train chemine et avance.

Au niveau professionnel, ce que je déplore parfois est d’accepter un salaire peu élevé tout en travaillant si fort et en ne lâchant jamais!

– Est-ce qu’il y a une particularité de votre travail que vous aimeriez que les gens sachent?

Oui! En tant que responsable de notre boutique, je suis la personne de Respecterre qui a un contact privilégié avec nos clients. À travers les nombreuses discussions allumées, les sourires et les remerciements qu’ils nous font pour oser faire ce travail qui est une lueur d’espoir pour un monde meilleur, ils m’apportent beaucoup et me confortent dans ce rôle que j’accomplis.

– J’imagine que les rêves professionnels évoluent avec les années d’expérience et qu’ils deviennent plus centrés sur certains désirs précis. Y a-t-il des projets particuliers qui vous tiennent à cœur et que vous aimeriez voir se développer au cours des prochaines années?

Dans mes valeurs environnementales, la récupération occupe une grande place. Après avoir confectionné chaque nouvelle collection de Respecterre, deux fois par année, nous nous retrouvons toujours avec une grande quantité de retailles inutilisées. L’entreprise de Svetlina, 2e Chance, en réutilise une grande partie pour ses confections. Mais ce qui reste occupe souvent mes pensées, à savoir comment arriver au zéro déchet. Je fais donc partie d’une équipe qui cherche à relever ce défi. Nous travaillons actuellement à créer de nouveaux sous-vêtements à partir de ces retailles. Dans la même veine, un autre projet de récupération/réutilisation que je développe est la transformation de certains produits (fins de ligne) en de nouveaux produits adaptés aux tendances actuelles.

– De jeunes adultes sont appelés aujourd’hui à s’impliquer de plus en plus dans le développement de l’entreprise, dont deux de vos enfants. Que pensez-vous de cela?

Mes enfants s’impliquent activement non seulement dans le développement de Respecterre, mais aussi dans celui de l’écovillage dans lequel nous vivons. Je crois que pour eux, cela va de soi, c’est une manière d’agir selon leurs valeurs, et c’est aussi une partie d’eux-mêmes qui veut se manifester pour un plus grand bien de l’humanité. Je ne peux qu’en être fière et être confiante que des belles années les attendent.

– Quel est votre vêtement Respecterre préféré ou votre fibre préférée? Pourquoi?

Le bambou est mon premier choix, pour son confort. Toutefois, l’eucalyptus, le lin, le soya et le chanvre ont aussi des aspects intéressants qui me conviennent selon ce que je recherche comme vêtement. Le fait de porter une fibre naturelle est déjà un coup de cœur en soi!

– Le travail c’est bien beau, mais ce n’est pas tout. Avez-vous une passion ou des intérêts particuliers qui vous motivent dans votre vie personnelle?

Ma plus grande passion, c’est de continuer à me transformer personnellement afin d’offrir une plus grande ouverture d’esprit à mes enfants et à mes futurs petits-enfants. Comme vous pouvez le sentir, mes enfants occupent une place importante dans mon cœur et de les voir s’ouvrir à une conscience de plus en plus grande, c’est mon plus gros cadeau.

– Nommez-moi un mot ou une phrase qui vous représente bien.

Fidèle à mes engagements!

À propos de l’auteur Charles Marceau-Cotton : Avec juste un peu plus d’un an de vie à la Cité Écologique, je suis le nouveau de la place! Mettre les pieds dans une telle communauté et, surtout, décider de s’y établir possède son lot de beaux moments, mais aussi de défis de toutes sortes. Je vous propose donc, à travers ces textes, mes vues sur différents aspects de la vie en communauté et d’observations personnelles sur le fossé qui existe parfois entre la société «mainstream» et l’écovillage.

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