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Nous continuons aujourd’hui notre série d’entrevues avec les employés (ées) de Respecterre, qui vous donnent un œil de l’intérieur sur le milieu de la mode, écolo, locale et éthique. Nous vous invitons à découvrir Lisette, une femme avec une grande expérience dans le domaine de la confection de vêtements. Mais surtout, une femme enjouée, qui fonce dans la vie et en apprécie chaque moment.

– Lisette, quel est ton rôle actuel dans Respecterre? Quelles tâches accomplis-tu au quotidien?

Je suis couturière, c’est-à-dire que j’opère des machines à coudre. Surtout des plain et des overlock… ce qui ne veut sans doute rien dire pour les néophytes du métier! En gros, ce sont les deux types de machines les plus utilisées en couture industrielle, qui permettent chacune de coudre des tissus selon des besoins différents.

– Tu es une nouvelle venue à Respecterre, mais tu possèdes une vaste expérience en couture. Peux-tu nous étayer les grandes lignes de ton parcours de vie professionnel?

J’ai débuté dans le domaine de la couture en 1973, je n’avais alors aucune expérience, j’ai vraiment commencé à la base. Et pendant les 11 premières années, les rudiments de mon métier ce sont beaucoup limités à opérer une seule machine, une plain. Mais ça m’a permis de faire ma place dans le milieu. En 1984, une offre s’est présentée à mon mari et à moi : celle de gérer une manufacture de couture, en milieu rural, près d’où nous restions déjà. C’était tout un défi qui se présentait, au niveau professionnel… comme au niveau de notre couple! Après réflexion, nous avons accepté de le relever, mais en établissant des règles : lui s’occuperait au début de la chaîne de démêler les lots (i.e. départager les différents morceaux d’un vêtement à être éventuellement cousus ensemble), moi je serais contremaîtresse, c’est-à-dire superviser auprès des couturières les opérations à effectuer, puis lui terminerait la chaîne de travail avec l’inspection et la livraison des vêtements. Ce fut une épopée, qui a duré pendant 25 ans! Et nous en avons traversé des défis : j’ai moi-même dû apprendre comment fonctionnaient toutes les machines utilisées dans un atelier de couture afin de pouvoir l’enseigner aux nouvelles employées (vous vous en douterez, c’est un domaine surtout féminin); aussi, mon mari et moi, on était toujours ensemble, puisqu’on travaillait et vivait ensemble, en plus de veiller à l’éducation de nos trois enfants. Mais aujourd’hui, nous sommes encore ensemble et ces défis nous ont rendus plus forts! En 2015, je me suis jointe à l’équipe de Respecterre, en tant que couturière, où je suis heureuse de pouvoir apporter mon expérience sans toute la pression et les responsabilités de la contremaîtresse.

– Le milieu de la mode conventionnel est un milieu généralement très compétitif, très exigeant pour les employés et très peu écologique. Toi qui as travaillé pendant plusieurs années de ce côté, quelles sont les différences que tu observes entre celui-ci et ton milieu de travail actuel?

La réalité est que, mis à part le volet écologique, le travail dans un milieu conventionnel versus à Respecterre se ressemblent beaucoup. Peu importe où l’on est, le milieu de la mode est très compétitif et réglé au quart de tour. Pour arriver à en tirer une certaine rentabilité, on doit arriver à confectionner les vêtements dans des échéances serrées. En ce sens, la manière de confectionner les vêtements et les dates de livraison sont les mêmes à Respecterre que dans mon ancien travail. Ce qui différencie Respecterre du milieu conventionnel, par contre, se situe au niveau de l’écologie et de la routine de travail. Respecterre utilise des tissus en fibre naturelle, avec des teintures beaucoup plus naturelles; cela emmène donc un impact positif sur la santé tant des travailleurs que des clients. Ensuite, comme l’entreprise possède une assez grande diversité de produits, cela se traduit aussi par un travail plus diversifié et moins routinier, un petit détail qui fait une grande différence!

– Qu’est-ce que tu apprécies le plus de ton travail?

Durant toute ma carrière, la pression des échéanciers incitait à un travail à la chaîne qui nous limitait à effectuer la même opération à répétition. Aujourd’hui, à Respecterre, j’ai la chance de coudre un vêtement de A à Z, dans différents modèles. C’est ce que je préfère du volet «travail sur les machines». Mais j’ai aussi la chance d’être dans un milieu ouvert et innovateur, et le côté humain m’apporte beaucoup. J’ai la chance de pouvoir partager mon expérience, mais aussi de continuer à en apprendre des autres, et c’est ce travail d’équipe qui fait notre force et qui nous apporte une bonne dose de motivation. C’est un domaine qui demande de la patience et un désir d’apprendre, et l’ambiance ici s’y porte bien!

– Qu’est-ce que tu es la plus fière d’avoir développé comme qualité personnelle ou professionnelle en travaillant dans ce secteur?

Beaucoup de gens trouvent que nous faisons un travail ennuyeux et répétitif. Ce que je leur réponds, c’est qu’importe le travail que tu fais, c’est ton attitude qui fait la différence. Personnellement, je ne trouve pas que c’est routinier : on change de machine, de tissu, de modèle. Et on s’amuse à se lancer des petits défis tous les jours : réussir une nouvelle confection, atteindre un tel objectif, etc. Cette capacité à toujours garder la bonne humeur et la bonne attitude, c’est probablement ce dont je suis le plus fière d’avoir su développer et appliquer au cours de ma carrière et de ma vie en générale. La vie est faîte de défis et d’embûches, il faut être capable de les surmonter!

– Respecterre fait partie d’un Écovillage. Qu’est-ce que cela représente pour toi? Qu’est-ce que tu penses du lien qui se crée entre l’entreprise, l’écovillage et les municipalités avoisinantes?

Le fait que Respecterre fasse partie d’un écovillage démontre une suite logique par rapport à leur conscientisation au gaspillage et à l’abus de matières chimiques dans les vêtements et les produits que nous utilisons au quotidien. L’écovillage s’implique de plus en plus avec la municipalité de Ham-Nord, ce qui permet à la population de mieux les connaître, de découvrir des gens d’une incroyable gentillesse, et de faire tomber plusieurs préjugés associés à un tel mode de vie (ex. : ah, ils ont droit de sortir de leur rang!). Les événements ouverts aux visiteurs (journée portes ouvertes, visites guidées, stages) sont une bonne occasion de prendre conscience de tout ce qui s’accomplit dans ce milieu et dans leurs différentes entreprises. C’est une chance pour les gens de venir découvrir les artisans de Respecterre, leur milieu de travail et de vie!

– J’imagine que la perspective du travail et les rêves professionnels changent avec les années d’expérience et qu’ils deviennent plus centrés sur certains désirs. Qu’attends-tu des années à venir au niveau de ton travail et de ton rôle dans Respecterre?

Mon souhait pour les années à venir n’a rien d’extravagant ou d’exceptionnel, mais il est sincère : tout ce que je désire, c’est de pouvoir continuer à travailler longtemps chez Respecterre, car j’adore l’ambiance de travail et le dynamisme qui y règnent!

– Quel est ton vêtement Respecterre préféré ou ta fibre préférée? Pourquoi?

Le vêtement que je préfère est la tunique Rosanna. Mes fibres préférées sont le bambou et chanvre : elles sont douces sur le corps et elles sont faciles à travailler lorsque je les couds!

– Le travail c’est bien beau, mais ce n’est pas tout. As-tu une passion ou des intérêts particuliers qui te motivent dans ta vie personnelle?

Mis à part mon travail (qui me passionne et me nourrit), côté activité j’aime beaucoup la lecture. Côté humain, ce qui compte le plus pour moi sont mes enfants et mes petits-enfants.

– Pour conclure, nomme-moi un mot ou une phrase qui te représente bien.

Je suis une personne souriante… toujours de bonne humeur ou presque!

À propos de l’auteur Charles Marceau-Cotton : Avec juste un peu plus d’un an de vie à la Cité Écologique, je suis le nouveau de la place! Mettre les pieds dans une telle communauté et, surtout, décider de s’y établir possède son lot de beaux moments, mais aussi de défis de toutes sortes. Je vous propose donc, à travers ces textes, mes vues sur différents aspects de la vie en communauté et d’observations personnelles sur le fossé qui existe parfois entre la société «mainstream» et l’écovillage.

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