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Apprentie couturière, Hideliza a une grande force intérieure et une belle authenticité. Étant née et ayant grandi à Cuba, elle a déménagé au Québec… dans un petit village en milieu rural! Le français et les mœurs québécoises, elle les a appris rapidement. Elle est maintenant pleinement québécoise, mais avec chaque jour pleine d’histoires de son pays natal à nous raconter. Je vous invite donc à découvrir ici une personne curieuse, drôle et très optimiste!

Hideliza, quel est ton rôle actuel dans Respecterre? Quelles tâches accomplis-tu au quotidien?

Je suis couturière… au sens large! Car je travaille souvent sur une machine, mais je participe aussi aux différentes étapes de la confection des vêtements : je peux broder, faire l’inspection des vêtements (contrôle final de la qualité), plier, étiqueter et mettre en boîte.

– Tu es la petite nouvelle de Respecterre et tu es en pleine découverte de ce métier. Qu’est-ce qui a motivé ton choix vers ce travail?

Malgré mon inexpérience totale en couture avant mes débuts à Respecterre, c’est pour moi en quelque sorte un aboutissement naturel : mon arrière-grand-mère a gagné sa vie avec ce métier, tout comme… ses 13 filles! Donc ma grand-mère, puis aussi ma mère ont pris cette avenue. Depuis mon jeune âge, j’ai toujours vu maman coudre, elle nous habillait, ma sœur et moi, lorsqu’on était jeunes. Donc, c’est un peu ironique, car, autant je n’avais jamais cousu avant, autant toute ma lignée familiale a dédié sa vie à ce métier. Aujourd’hui, j’ai la chance d’apprendre dans l’entreprise avec mes collègues expérimentés.

– Tu as une histoire de vie très intéressante, étant née à Cuba et ayant fait le choix non seulement de venir vivre au Canada, mais de le faire en milieu rural. Comment as-tu trouvé l’adaptation à ce milieu? Qu’est-ce que cela représente pour toi de travailler dans le domaine de la mode en milieu rural?

Je me sens choyée de pouvoir dire que mon adaptation s’est faîte en douceur. Je crois que de vivre à la campagne a été un élément-clé dans ce processus. Depuis mon arrivée, je suis dans une petite bulle, en immersion française totale, entourée de gens chaleureux. Le milieu rural m’apporte depuis le début des avantages que je valorise au quotidien : moins de pollution tant atmosphérique que sonore, un contact privilégié avec la nature et les animaux, et la facilité de me déplacer. Mon boulot est tout près de chez moi, ce qui est une chance ici. Et je travaille dans le domaine de la mode dans un endroit rempli de fenêtres par lesquelles, à n’importe quel moment de la journée, je peux y contempler les magnifiques paysages. Qui peut se vanter d’avoir une telle chance?!

– Une entreprise comme Respecterre mise beaucoup sur une production écologique, éthique et locale pour se démarquer. Est-ce que ce sont des valeurs qu’on peut aussi retrouver à Cuba dans le domaine de la mode?

Les Cubains sont toujours à l’avant-garde de nouvelles tendances modes et ont un style vestimentaire original et flamboyant. Malheureusement, la confection écologique y est quasiment absente et les entreprises comme Respecterre ne sont pas très soutenues. Dû en grande partie à un manque d’information et de sensibilisation, les citoyens n’ont pas beaucoup de conscience écologique. Quant à la production locale, même là on traîne de la patte, car elle n’est souvent privilégiée qu’en dernier recours. C’est très désolant, j’aimerais vraiment que cela évolue un jour. En ce sens, j’apprécie le travail de conscientisation qui est de plus en plus entrepris au Canada.

– Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ton travail à Respecterre?

Il y a tellement d’aspects de mon travail qui me motivent à m’y rendre chaque jour, c’est une véritable chance que j’ai! Côté humain, j’ai des collègues exceptionnels, prêts à aider n’importe quand, et patients (j’ai même droit à des sourires quand je gaffe!). Côté travail, les tâches que je fais sont très diversifiées, donc la routine ne s’installe jamais, pas le temps de s’ennuyer. Et que dire de pouvoir confectionner de si beaux vêtements, dans des tissus qui respectent à la fois notre environnement et la santé des travailleurs qui les conçoivent!

– Respecterre fait partie d’un écovillage. Qu’est-ce que cela représente pour toi? Connaissais-tu le monde des écovillages avant d’arriver ici?

Je n’avais jamais entendu parler d’un écovillage, c’est un tout nouveau concept pour moi. Je ne réside pas à la Cité Écologique, comme c’est le cas pour plusieurs des employés de Respecterre, mais je trouve l’idée géniale. Nous aurions besoin de plus de communautés comme la Cité Écologique de Ham-Nord dans le monde, c’est un exemple à suivre. À défaut d’y résider, le fait de travailler dans une de ses entreprises me donne tout de même le sentiment de coopérer davantage à l’écologie; de n’être plus seulement dans le rêve d’une société meilleure, mais de contribuer à faire avancer les choses.

– Tout n’est jamais rose et facile dans la vie, et œuvrer dans un secteur comme le tien apporte son lot de défis. Qu’est-ce qui représente pour toi la plus grande difficulté ou frustration?

Au niveau de mon travail au quotidien, c’est le processus d’apprentissage. Je suis une couturière inexpérimentée et chaque nouvel apprentissage est un grand défi, qui me demande une persévérance et une patience infinie… tout comme à ma responsable de production (rires)! J’y arrive toujours, mais j’en ai encore pour quelques années avant de devenir une couturière aguerrie. L’autre aspect de ce secteur qui me peine beaucoup est qu’il y a encore trop de citoyens qui choisissent d’acheter des vêtements qui ne sont pas faits au Québec ou au Canada. C’est donc difficile pour de petites entreprises de mode locales de percer et de se faire un nom. Lorsque les gens seront plus conscients des valeurs écologiques, éthiques et «fait local» à accorder aux vêtements, alors des entreprises comme la nôtre fleuriront!

– Comment y entrevois-tu ton futur à Respecterre? Qu’aimerais-tu accomplir au cours des prochains mois et des prochaines années?

Mes buts réalistes ne sont pas trop élevés : j’aimerais continuer à prendre de l’expérience, à être capable d’opérer une plus grande diversité de machines à coudre (certaines font des coutures spécialisées et demandent beaucoup de pratique). Mais dans mon ambition à long terme, je serais heureuse de pourvoir devenir une couturière polyvalente, à qui aucune tâche ne résisterait!

– Quel est ton vêtement Respecterre préféré ou ta fibre préférée? Pourquoi?

La robe Vanessa, parce qu’elle est chic et sexy à la fois, on se sent tellement femme et belle en la portant… même pas besoin de porter de bijoux avec cette robe, elle me fait rayonner à elle seule! En plus, elle est faîte en bambou, ma fibre préférée.

– Le travail c’est bien beau, mais ce n’est pas tout. As-tu une passion ou des intérêts particuliers qui te motivent dans ta vie personnelle?

Je suis maintenant Québécoise et Canadienne, mais mes racines sont cubaines alors la danse est bien sûr intégrée dans mon ADN, c’est mon combustible pour une journée parfaite! J’aime bien sortir danser… et dans ces moments-là, la robe Vanessa me sied très bien!

– Nomme-moi un mot ou une phrase qui te représente bien.

Ne lâche jamais!!!

– Je crois, en terminant, que tu aimerais aborder avec nous un sujet qui vient chercher ta fibre tant écologique qu’humaniste. Parle-nous-en.

En effet, nous avons beaucoup abordé le travail qui est fait ici à Respecterre, et les valeurs avant-gardistes qui y sont prônées et appliquées. Mais je ne peux passer sous silence les conditions générales dans lesquelles opèrent la majorité des couturières un peu partout sur la planète. On l’ignore ou l’oublie trop souvent (peut-être parce qu’on ne le voit pas au quotidien), mais une grande partie de ces femmes sont très souvent exploitées, travaillant un nombre d’heures incalculables dans des usines médiocres, à un salaire d’autant plus dérisoire que le prix que nous paierons aboutira en bonne partie dans les poches des grandes compagnies! Au niveau environnemental, le bilan est aussi sombre, alors que la grande majorité des tissus utilisés sont soit en fibre synthétique (donc faits à base de pétrole), soit en coton. La culture du coton, peu de gens le savent, utilise une quantité incroyable de pesticides et d’eau, et est souvent OGM. Quant aux teintures utilisées, beaucoup sont hautement toxiques et ont des conséquences désastreuses sur la santé des travailleuses de la couture.

Y songer me frustre et me désespère. Mais à défaut de pouvoir changer le monde, je me console en me disant que je contribue à ma façon à une révolution à petite échelle, en choisissant de donner mon temps de travail à une entreprise qui met de l’avant des valeurs écologiques, éthiques et locales. Même ici au Canada, combien de couturières peuvent se targuer d’avoir la chance de travailler dans de telles conditions?!

À propos de l’auteur Charles Marceau-Cotton : Avec juste un peu plus d’un an de vie à la Cité Écologique, je suis le nouveau de la place! Mettre les pieds dans une telle communauté et, surtout, décider de s’y établir possède son lot de beaux moments, mais aussi de défis de toutes sortes. Je vous propose donc, à travers ces textes, mes vues sur différents aspects de la vie en communauté et d’observations personnelles sur le fossé qui existe parfois entre la société «mainstream» et l’écovillage.

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